Comme cela a déjà été annoncé par Phil d’Euck et moi-même sur le forum de la Chouette, Max Valentin est décédé brutalement dans la nuit du 23 au 24 avril.
Je connaissais Max depuis douze ans, et il avait été mon ami depuis presque autant de temps. C’était pour moi bien plus que le célèbre auteur de chasses au trésor : c’était un copain, un pote, quelqu’un sur qui je pouvais compter et qui pouvait compter sur moi ; je le voyais vivre en époux et en père, et bien entendu mon affection et mon soutien vont en tout premier lieu à sa veuve, à ses enfants, à ses proches ainsi qu’à Phil d’Euck, son collaborateur de longue date.
Notre première rencontre, ce fut un frais matin d’avril, sous les Arcades de Buc qu’après tant d’autres, Edgar P. Jacobs a immortalisées dans SOS Météores —que je cite à dessein, Max ayant été, comme moi, un fan des grands classiques de la bande dessinée dont nous pouvions discuter pendant des heures, allant même jusqu’à envisager de créer ensemble un site Web pour perpétuer le souvenir des plus belles sagas de ce Huitième Art… Encore un projet qui, faute de temps, ne verra pas le jour.
Ce matin-là, donc, j’eus une des plus grandes surprises de ma vie. Nous étions en 1997 et, chouetteur depuis deux ans, j’avais un peu délaissé cette grande chasse mythique pour me consacrer à la fois à la première chasse concoctée par Max pour MSN, et au Trésor d’Orval, qui venait de paraître. Déjà pionnier dans un domaine où il accumula bien des premières, Max avait conçu spécifiquement la chasse MSN pour une diffusion et une résolution via Internet. Elle s’appelait Le trésor de Florence B. et peut être visualisée sur mon site monglane.a2co.org, dans la partie «Archives, Chasses MSN». Du fait que cette chasse était gérée sur Internet, les organisateurs étaient informés de la progression des chercheurs et, ayant été le premier à franchir l’ultime étape et à décrypter ce qu’un chouetteur appellerait «la super-solution», c’est à dire la toute dernière énigme donnant en clair la localisation de la cache, je ne fus pas complètement surpris lorsque je fus approché par MSN : quand comptais-je aller sur les lieux ? voyais-je un inconvénient à être filmé ? On convint d’un rendez-vous sur le parking qui, donc, se trouve au pied des Arcades de Buc. De là, pour passer dans la forêt domaniale et aller jusqu’à la cache, il n’y avait que quelques centaines de mètres.
La personne de MSN m’avait indiqué qu’outre l’équipe de tournage, il pourrait y avoir «une ou deux autres personnes», mais ce matin-là, lorsque j’arrivai sur le petit parking de terre battue, au pied de l’aqueduc pluricentenaire, je ne vis aucune équipe de tournage, mais seulement deux hommes qui, bien que je sois à l’heure, semblaient battre la semelle depuis un petit moment. Le premier, un jeune homme d’une trentaine d’années, s’avança et se nomma ; c’était celui que j’attendais. Quant à l’autre, qui était resté en arrière, appuyé contre une limousine anglaise à la peinture noire impeccablement brillante, il le présenta d’un geste presque négligent de la main en disant : «… Et voici Max Valentin.»
On s’imagine ma surprise —que dis-je, ma totale stupéfaction ! Max Valentin, un des personnages les plus mystérieux du pays, un homme à l’anonymat bien mieux protégé (et respecté) alors qu’il ne le fut ces derniers mois, un créateur d’énigmes auréolé tout ensemble de gloire et de ténèbres, baignant dans la lumière des projecteurs de télévision, mais toujours filmé de dos… Max, en un mot, était devant moi, blond, un collier de barbe bien ordonné, le teint très pâle, deux yeux bleus perçants, brillants d’intelligence et d’humour, un petit sourire aux lèvres… Il s’avança et me tendit la main, comme si tout cela était la chose la plus naturelle du monde. S’il est vrai, comme on le dit, qu’«il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre», et si, au fil des années, je finis par voir en Max un être humain presque «normal», en dépit de son hallucinante culture, il reste qu’à l’époque, pour moi, chouetteur, orvalien, florence b.-ien, rencontrer celui qui n’était encore que «le Maître» fut évidemment un grand moment. Être, quelques minutes plus tard, le premier chercheur de trésor à déterrer un trésor enterré par Max, en fut un autre.
Pendant le temps que durèrent mes recherches en forêt de Buc ce matin-là, il ne dit pas un mot, mais lorsque j’eus trouvé la cache, il me confia : «Vous savez, quand vous avez pris le premier chemin, celui qui était en pente, je ne vous ai rien dit, et au bout de quelques instants vous avez compris tout seul que ça ne pouvait pas être là, mais de toutes façons, jamais je n’imposerais à des chercheurs de gravir ce genre de pente, il y aurait bien trop de risques de chevilles cassées, avec procès à la clé !» Ainsi fut ma première rencontre avec Max Valentin.
Nous nous revîmes ensuite régulièrement, chez l’un, chez l’autre ou à l’extérieur. Lorsque, au tournant du siècle, je m’éloignai pendant presque deux ans du monde des chasses, il se trouva que, par coïncidence, je quittai Paris pour m’installer à côté de Versailles, dans le même village que lui. Je ne puis être tenu pour responsable de ce rapprochement, puisque c’est ma compagne de l’époque qui, sans le savoir, avait choisi la maison, mais la coïncidence me fit sourire et je laissai faire. Ainsi, pendant plusieurs années, Max et moi fûmes quasiment voisins : moins de dix minutes à pied en passant par les rues, et encore bien moins que ça par la forêt. Comme il aimait à le dire, il nous suffisait presque de «sauter la haie» pour nous retrouver l’un chez l’autre. C’est avec émotion et nostalgie que je me remémore ces soirées, lui «sautant la haie» et sonnant à la petite porte du jardin, dans la nuit tombante, avec à la main une bouteille de gnôle confectionnée par Phil, et dont le contenu vous assommait rien qu’aux effluves qu’il exhalait… Allongés dans les fauteuils de jardin, on parlait paisiblement en regardant le soleil se coucher derrière la rangée de chênes, ou alors on ne disait rien…
(À suivre… peut-être)









