La meilleure manière de (ne pas) trouver la Chouette en s’amusant

Pour tenter de localiser, sinon la Chouette, du moins la zone, nombreux sont les chercheurs qui se laissent aller à cette méthode hautement empirique dont j’ai souvent dénoncé le manque de sérieux, consistant à regarder la carte d’un quelconque coin de France, soit parfaitement au hasard, soit parce qu’on a prévu de s’y rendre pour le week-end ou les vacances, et de se dire : « Et si la zone était par là ? Où diable Max aurait-il bien pu enterrer le bestiau ? ». Pour être peu fiable, cette méthode est, avouons-le, amusante, et l’on comprend bien qu’il soit de temps à autre plaisant d’y succomber, d’autant qu’avec un peu de chance, et les concepts utilisés dans la Chouette étant susceptibles de tant d’applications pratiques différentes, on ne tarde pas à remarquer d’étranges coïncidences. Il est alors bien difficile de ne pas se dire (surtout si l’on a l’esprit facilement porté au merveilleux) « Et si c’était là, après tout ? Et si, contre toute attente, j’étais tombé juste, par un incroyable concours de circonstances ? »

C’est à ce jeu-là que je me suis amusé à jouer en allant photographier l’abbaye de Noirlac, à quelques kilomètres au sud de Bourges. J’aime pratiquer ce que j’appelle « la photo de patrimoine », j’ai une prédilection pour les abbayes romanes et il y aura bientôt une décennie que je m’étais promis de retourner à Noirlac, découverte avec émerveillement dans le sillage de la Fête de Bourges en 2003. Pour celles et ceux que cela amuse, ma jolie théorie bien maxienne —mais totalement erronée— sur Noirlac (anagramme de clairon !), en liaison avec l’énigme B, figure sur cette page de mon site : http://monglane.a2co.org/chouette_enigme1_b.htm.

La magnifique abbaye cistercienne de Noirlac, avec sa nef à l’acoustique stupéfiante et son double portail que je n’ai vu nulle part ailleurs, mériterait assurément de figurer parmi les hauts lieux d’une chasse au trésor comme la Chouette d’Or. Elle est quasiment l’égale de l’abbaye de Fontenay, dont je parlerai peut-être un de ces jours, et même la dépasse en authenticité, Fontenay étant parfois presque « trop belle », trop préservée, trop manucurée dans ses moindres détails ; Noirlac est restée plus authentique, le passage du temps y est plus perceptible, et elle est aussi plus mystérieuse : d’où lui vient donc cet étrange nom de Noirlac, sachant qu’il n’y a aucun lac, noir ou autre, dans les environs ? Pourquoi donc, au XIIIe siècle, a-t-on éprouvé le besoin de changer l’appellation très banale et traditionnelle de Maison-Dieu, en Noirlac ? Il y aurait bien une légende, parlant de marais à l’entour (mais pas de lac !) dans lesquels un enfant serait tombé et se serait noyé… mais une telle tragédie devait, hélas ! se produire assez régulièrement à l’époque, serait-ce-là une raison pour qu’une abbaye change de nom ? L’explication n’est guère convaincante, et personne n’a pu m’en fournir une autre.

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Façade de l’église de Noirlac, avec son portail double si caractéristique.

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L’intérieur de l’église: un murmure dans le chœur se perçoit
partout ailleurs dans la nef.

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La partie la plus ancienne du cloître, adossée à la nef, mais (malheureusement)
gothique, ce qui rompt un peu l’harmonie, contrairement à Fontenay

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L’entrée de la salle capitulaire

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La galerie du cloître

Donc, une magnifique et mystérieuse abbaye… Juste à côté, un village au nom peu courant, qui sera précisément celui retenu par Max pour sa deuxième chasse au trésor : Orval, comme s’il nous faisait un de ces clins d’œil qu’il affectionnait ; l’abbaye belge homonyme et sa bière, proche de la Lorraine de Max, aurait constitué l’autoroute bien visible sur laquelle tout le monde se serait engouffré (sans aucun résultat), alors que le petit village d’Orval à côté de Noirlac aurait constitué la « sortie » qu’il fallait emprunter… oh ! certes pas pour aider en quoi que ce soit dans Le trésor d’Orval lui-même mais, en une sorte de jeu de billard à trois bandes, pour donner un coup de pouce déguisé pour la Chouette ?

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Tout cela serait bien tentant intellectuellement, même si, à vrai dire, je n’ai jamais su convertir ces hypothèses en quoi que ce soit de tangible pendant les années déjà lointaines où je cherchais encore la Chouette.

De même, comment ne pas songer, pour les tenants d’une zone à proximité de Bourges, qu’à portée de main se trouve, avec la forêt de Tronçais, la plus belle futaie de chênes d’Europe, que l’on doit à Colbert qui avait bien prévu, vers 1670, qu’on aurait encore longtemps besoin de bois de qualité pour construire les navires de guerre, comme ce fut en effet le cas pendant les deux siècles qui suivirent. Ce genre de cadre grandiose pourrait bien coller avec l’idée maxienne de la cache, même si l’on sait que le lieu précis de celle-ci ne présente en lui-même aucune particularité remarquable.

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Même pour un chouetteur « rangé des voitures », quels intéressants parages à visiter !

Et puis, étant aussi audiophile, je me souviens d’avoir rêvé, adolescent, devant des enceintes Cabasse « Sampan » ou « Galion » qui étaient alors bien hors de portée de ma bourse, Cabasse étant une des marques qui a le plus contribué à la renommée de la technologie française en matière de haute-fidélité —ce qui ne veut sans doute plus dire grand-chose en ces temps où tout le monde écoute du MP3 en pensant (et encore: quand on y pense !) que c’est de la hifi… Bref, c’est avec une pointe d’émotion que, m’arrêtant dans le village de Tronçais pour faire quelques photos d’une fort belle friche industrielle en lisière de forêt, je m’aperçus à la lecture de l’habituelle notice délavée « Défense d’entrer », que le site était la propriété d’une certaine « Madame Cabasse » (sic). Ce nom peu répandu me rappela évidemment des souvenirs et je vérifiai sur-le-champ (merci l’internet mobile) : il ne s’agissait pas d’une coïncidence, durant ses années de gloire, la société Cabasse (aujourd’hui propriété de Canon et dépourvue de son âme d’antan) possédait effectivement ce vaste site de 90.000 m2 où étaient fabriquées les enceintes elles-mêmes, c’est-à-dire les caissons en bois massif (du chêne ? il y a aussi du hêtre, du charme et du merisier à Tronçais) dans lesquels les haut-parleurs étaient ensuite installés.

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La cour de l’ancienne usine de bois Cabasse

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Détail du portail d’entrée latéral, avec porte-drapeaux pour les jours de fête…

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Une des deux cheminées encore debout… peut-être plus
pour longtemps, ce qui justifierait l’arrêté municipal
interdisant de pénétrer sur le site (outre le fait que c’est
une propriété privée appartenant à la veuve de l’ingénieur
Olivier Cabasse!)

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Plaque rappelant que l’usine a auparavant été une fonderie, puis une tréfilerie
de métaux

Redressement judiciaire, liquidation judiciaire, sont passés par là, et voilà tout ce qui reste… La nature a commencé à reprendre ses droits sur ce site dont personne ne veut plus, en dépit de son prestigieux passé : avant Cabasse, il avait hébergé les forges de Tronçais, fondées en 1788 comme le rappelle une plaque à demi effacée apposée sur un mur.

Bref, ce fut une bien sympathique journée dans le Berry, qui me rappela une époque qui, pour ce qui est de la convivialité et de l’amitié autour de la Chouette, valait certes mieux que celle que nous vivons.

P.S.: les photos telles qu’elles apparaissent sur la page sont très médiocres, car WordPress les compresse. Si vous cliquez dessus, vous les afficherez dans leur taille d’origine (500 pixels), certes très petite, mise en page oblige, mais au moins un peu mieux définies.

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~ par monglane sur 8 juillet 2012.

3 Réponses to “La meilleure manière de (ne pas) trouver la Chouette en s’amusant”

  1. Je me suis moi même amusé à prendre, totalement au hasard, sur une carte des lieux pour me mettre à rêver de chouette.
    Et cela se confirme on arrive toujours a trouver des coïncidences 🙂
    J’ai fait cela pour me rassurer, si je ne suis pas d’accord avec certaines théories que certains aiment partager, ce n’est pas grave, chacun son avis en la matière, et ceux qui ont raison le sauront le jour de la découverte.

    • Cher Monglane,
      je crains que personne ne trouve jamais la Chouette. Et j’avoue que cette perspective entame grandement mon énergie.
      Savez-vous si, hormis la découverte de la contre-marque, il existe une date butoir à laquelle tout nous sera enfin révélé?

      Je continue de chercher, mais…

      Max nous manque.
      Très cordialement,
      Thomas

      • Bonjour Thomas,

        Il n’existe pas de date-butoir. Comme le dit le livre, le trésor est là pour toi… ou pour l’éternité!

        Max a souvent regretté de ne pas avoir mis une date-butoir dans le règlement. Il attribuait cet oubli à son manque d’expérience, à l’époque, en matière de règlements de chasses au trésor, et regrettait d’avoir été, alors, mal conseillé. Mais il ne s’est jamais senti le droit de modifier ce point qui, pour lui, faisait partie intégrante des caractéristiques du jeu.

        C’est aussi un élément qui, au fil des ans, a contribué à mettre la Chouette à part des autres chasses, et a permis, d’une certaine manière, que ce jeu acquière peu à peu un statut quasi-légendaire, même si le trésor, lui, est bien réel.

        Que Max nous manque est une vérité dont souffrent tous ceux qui l’aimaient, mais s’il avait encore été des nôtres, tu peux être certain que cela n’aurait rien changé. Peut-être cela aurait-il même rendu l’attente du dénouement encore plus difficile à supporter pour les chercheurs qui ont du mal à intégrer cette dimension presque «graalienne», et qui aimeraient bien que la Chouette rentre davantage dans la norme ludique qu’elle a dépassée depuis déjà longtemps…

        Bon courage!

        Cordialement.

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