La fibule de Preneste, épisode II

Dans les années 90, à l’occasion d’un voyage d’affaires à Rome, je m’étais rendu à la villa Giulia afin de voir de mes yeux la fameuse fibule de Preneste. À l’époque, et sur la base notamment des travaux de Margherita Guarducci, elle était fortement suspectée d’être un faux réalisé à la fin du XIXe siècle par l’archéologue allemand qui l’avait fait connaître au monde. C’est pour cette raison que la fibule avait été éloignée du musée étrusque Luigi Pigorini et conservée à la villa Giulia, à bonne distance des collections dûment authentifiées. Bien plus, elle n’était même pas exposée mais conservée dans un tiroir, et je n’avais pu la voir (et même la toucher !) que parce que j’avais pris à l’avance les arrangements qu’il fallait avec la conservatrice Alessandra Antinori.

Foin de tout cela désormais : selon des résultats d’examens très poussés publiés en 2011, et rendus possibles par le progrès des techniques, et en particulier des nanotechnologies, il y a toutes les chances (restons quand même prudent) pour que la célèbre inscription « MANIOS MED FHE FHAKED NUMASIOI » soit contemporaine de la fabrication de la fibule elle-même, soit du VIIe siècle av. J.-C., et constitue bien ainsi la plus ancienne utilisation connue des caractères latins, au sens où Max l’entendait dans l’énigme 600.

Ainsi lavée de tout soupçon, la fibule de Preneste a réintégré le musée Pigorini. Quant à moi, étant de nouveau de passage à Rome pour une partie des vacances d’été, je n’ai bien sûr pas manque de lui rendre visite.

La fibule dispose maintenant de sa propre vitrine, certes indépendante des autres, mais logée cependant dans un coin de couloir où elle n’est pas magnifiquement mise en évidence : même en sachant ce que je cherchais, je suis passé devant sans la voir ! « Lavée de tout soupçon », certes, mais on ne fait clairement pas de pub pour elle, à telle enseigne que la charmante dame qui était de garde ce matin-là n’avait aucune idée de ce que pouvait bien être cette fameuse fibule ! Il faut dire qu’elle ne semblait pas totalement familière avec les collections du musée, où je n’ai pas vu un seul autre membre du personnel, ni d’ailleurs un seul autre visiteur… Ah ! comme on aimerait avoir le Louvre à soi dans les mêmes conditions !

 Vitrine de la fibule au musée PigoriniLa vitrine de la fibule de Preneste, au détour d’un couloir

La notice muséographique de la fibule

Quoi qu’il en soit, c’est toujours avec émotion que je contemple cette « partie émergée de la Chouette », cet objet tangible dont on sait que Max l’a utilisée, et qu’il a même peut-être contemplée comme je le fais à mon tour, en réfléchissant à la conception de cette énigme 600, dont je persiste à penser qu’elle est le premier verrou sérieux sur la route de la contremarque…

La fibule dans toute sa splendeur

(Comme d’habitude, cliquez sur les photos ou sur leur légende pour les visualiser en version non compressée par WordPress)

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~ par monglane sur 31 août 2012.

2 Réponses to “La fibule de Preneste, épisode II”

  1. Merci pour cet article et ces photos ! :3

  2. J’y étais passé en 2006 mais je n’avais pas réussi à faire une bonne photo à cause des vitres blindées et d’une loupe qui avait été ajoutée pour permettre aux visiteurs de voir les inscriptions. Merci pour ce beau cliché

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