Quand Max est-il allé refaire l’emballage de la contremarque?

•18 novembre 2021 • 10 commentaires

À la suite de la publication de mon précédent article sur ma « reconstruction du déroulé des faits récemment révélés », un chouetteur m’a écrit pour me suggérer d’essayer de préciser publiquement à la communauté à quelle date Max était allé sur la « tombe » de la chouette pour inspecter l’état de la contremarque et refaire son emballage (voir l’anecdote que je raconte ici : https://monglane.wordpress.com/2010/02/17/la-chouette-dor-a-ete-deterree/ en février 2010).

J’ai tenté de rassembler mes souvenirs, et surtout j’ai fouillé dans mes archives mail de l’époque où Max et moi étions encore voisins, dans une petite ville à côté de Versailles, avant qu’il ne retourne habiter dans l’Est, puisqu’il m’avait stupéfait avec cette révélation de son « exhumation de la chouette » alors que nous prenions un verre, après dîner, dans mon jardin, étant venu « en sautant la haie », comme il le faisait souvent —et parfois sans prévenir! :o)

Deux choses sont sûres :

  • C’était postérieurement à la Chouettefête de Bourges de mai 2003, puisque dans le cours de notre échange, Max avait fait mention de l’existence de la seconde chouette en bronze, aujourd’hui connue sous le numéro « 2/8 », dont l’existence avait été révélée lors du canular organisé à Bourges par moi-même, avec la collaboration d’Elessar, et bien sûr la complicité de Becker : c’était l’époque où tout le monde s’entendait bien ! Avant Bourges, Max ne connaissait pas l’existence de cette 2/8.
  • C’était avant la saisie de la Chouette d’Or par le liquidateur de l’éditeur In Folio, affaire qui avait débuté en mai 2005.

Je peux donc dire avec certitude que Max m’avait fait cette « révélation » en septembre 2004. Ce n’était pas en 2003, c’était trop tôt après Bourges, et surtout, je n’étais pas chez moi début septembre cette année-là.

Lorsqu’il m’en a parlé, j’ai eu le sentiment qu’il ne me racontait pas quelque chose qui venait tout juste de s’accomplir au cours des jours précédents, mais pas non plus quelque chose d’ancien. Au mieux de mes possibilités, je situerais donc cette expédition de Max sur la « tombe » de la chouette dans les six premiers mois de 2004, probablement au printemps, après les frimas de l’hiver, mais avant les grands déplacements vacanciers. Pourquoi pas en avril… voire même fin avril… ;o)) histoire de célébrer un anniversaire?

Je ne peux pas, en toute honnêteté, être plus précis. Mon interprétation du « comportement maxien », d’après ce que je savais de mon ami, est que la Chouettefête de Bourges lui a fait prendre vraiment conscience qu’un laps de temps beaucoup plus long que celui qu’il avait prévu au départ s’était déjà écoulé. Il a sans doute eu aussi le sentiment, en partie sur la base de ce qu’il savait de l’avancement (ou pas !) des chouetteurs, que cela risquait de durer encore pas mal de temps. C’est probablement alors qu’il s’est convaincu qu’il n’avait pas fait tout ce qu’il fallait pour protéger la contremarque dont le séjour sous terre se prolongeait au-delà de toute anticipation.

Y est-il allé dès 2003 ? C’est possible, mais je ne le crois pas. Encore une fois, j’ai eu l’impression quand il m’en a parlé qu’il s’agissait de quelque chose qui s’était accompli il y a peu de temps… C’était début septembre 2004, donc disons que le créneau le plus large possible va de mai 2003 à fin août 2004, et mon sentiment personnel (mais c’est juste une intuition!) penche pour avril 2004.

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Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement toutes celles et tous ceux qui m’ont récemment écrit pour me dire que, d’accord ou pas avec ma « reconstruction du déroulé des faits », mon article leur avait fait du bien, les avait aidés, leur avait donné de l’espoir. Je ne l’avais pas fait dans ce but mais je suis heureux d’avoir pu aider. Un grand merci également à celles et ceux qui se sont exprimés sur le forum de la Chouette à la suite de mon message n°122287.

Cordialement,

Monglane

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Becker : mon interprétation des faits

•17 novembre 2021 • 84 commentaires

S’il est vrai que, depuis près de vingt ans maintenant, j’ai cessé de chercher la Chouette d’Or, il n’est pas moins vrai que, depuis qu’il est décédé en avril 2009, je suis resté fidèle au souvenir de mon ami Max Valentin, aux valeurs qu’il incarnait, et à la chasse emblématique qu’il avait créée.

En dehors des réponses que je fais régulièrement aux commentaires postés par des tiers en réaction à des articles que j’ai publiés ici, il reste que je n’ai plus rien écrit sur ce blog depuis décembre 2019, soit il y a près de deux ans, et qu’avant cela, je n’avais rien écrit depuis décembre 2016.

Si je prends la parole aujourd’hui, c’est parce qu’il y a quelques jours, Michel Becker a annoncé que, les ayants-droit de Max Valentin ayant renoncé à tous leurs droits et obligations relatifs au jeu, il en avait obtenu la cession à son profit par contrat écrit et devenait ainsi le seul organisateur du jeu, via sa société unipersonnelle Éditions de la Chouette d’Or. Becker annonçait également qu’il avait obtenu communication des solutions par les ayants-droit, qu’il était allé vérifier la présence de la contremarque dans sa cache et n’y avait trouvé qu’un «oiseau rouillé», et enfin qu’il s’était empressé de le remplacer par une seconde contremarque qu’il avait, par chance, eu la présence d’esprit d’emporter dans le coffre de sa voiture.

Becker est donc aujourd’hui en possession, sinon des solutions, en tous cas d’une solution du jeu, qu’il connaît, de même que la cache correspondante, dans laquelle il a enterré une nouvelle contremarque. «Poursuivons donc le jeu sur ces bases !» dit-il, en substance, à la communauté des chouetteurs.

Pour autant, l’histoire qu’il raconte, et dont il a fait valider des pans entiers par huissier de justice, présente des zones d’ombre nombreuses et significatives, qui m’ont incité à essayer d’imaginer ce qui aurait pu véritablement se passer.

Je suis ainsi parvenu à une reconstruction des faits qui explique tout, et ne laisse aucun point non élucidé. Je ne peux évidemment pas affirmer qu’il s’agit de la vérité, chacun se fera sur ce sujet sa propre idée. Si vous me le permettez, je vais vous conduire pas à pas sur le chemin que j’ai suivi.

Le point de départ, c’est le renoncement des ayants-droit. Ayant personnellement toujours été fidèle au souvenir de Max, j’ai bien du mal à admettre ce renoncement, auquel j’ai longtemps refusé de croire, surtout au bénéfice de quelqu’un qui, quelques jours à peine après le décès de mon ami, le dénigrait odieusement et publiquement, notamment sur le forum de la Chouette, au travers de différents messages insultants, dont le n°87457, que les personnes intéressées pourront aller (re-)lire si elles le souhaitent. C’est d’ailleurs ce message qui, à l’époque, m’avait conduit à démissionner de mes fonctions de modérateur du forum, ni Hiram, ni Lise, ni Viking (qui étaient alors les autres membres du Bureau de l’A2CO) n’ayant voulu le censurer —mais passons.

Si l’idée même de ce renoncement me dépasse en raison de l’identité de son bénéficiaire, je peux en revanche comprendre la lassitude des ayants-droit face à l’absurde procédure judiciaire dont ils sont les victimes, ainsi que leurs craintes, notamment financières, non seulement en raison des dépenses déjà engagées, mais encore eu égard aux éventuelles conséquences financières futures d’une toujours possible (même si elle est peu probable) condamnation de principe, à la suite de laquelle de nombreux autres procès pourraient s’engouffrer, avec des conséquences financières cumulées cette fois non négligeables. Le contrat conclu avec Becker les préserve désormais de ces désagréments, du moins c’est ce que la veuve de Max et ses filles espèrent. Encore faut-il que Crolet soit débouté, et que cette « avenue judiciaire » soit désormais barrée à tous, ce qui est loin d’être le cas ; j’y reviendrai tout à l’heure.

Dès le début du mois de mai 2009, alors que Max venait tout juste de décéder, Becker tentait, via Phil d’Euck qui m’en avait parlé, de se rapprocher des ayants-droit qu’il ne connaissait même pas : « Je souhaite trouver avec ses héritiers, écrivait-il à Phil d’Euck, des solutions qui éviteront tout aléa futur et permettront de poursuivre en toute sérénité. Vous m’obligeriez en organisant avec eux une rencontre au cours de laquelle nous pourrions envisager ensemble la meilleure manière de poursuivre le jeu en ménageant les droits de chacun. » Cela fait vingt ans, au bas mot, que Becker ne poursuit qu’un seul objectif : devenir le seul maître du jeu de la Chouette d’Or, connaître les solutions, être le patron. Avec la mort prématurée de Max, s’ouvrait une fenêtre d’opportunité qui ne s’est jamais vraiment concrétisée ; avec le « contrat d’édition » du 26 mars 2021, dans lequel les filles de Max cèdent tous leurs droits à Becker, il semble enfin toucher au but —pour autant qu’on le sache, puisqu’on ne nous montre que l’article préliminaire de ce contrat ; la suite pourrait cacher des exceptions au principe…

Sauf que… bien des déconvenues sont survenues depuis, au cours des derniers mois. Depuis le fond de sa sépulture, c’est encore Max qui conduit le jeu, si je ne me trompe pas. Vous en jugerez après avoir lu ce qui suit.

Nouveau « patron » juridique du jeu, Becker exige bien entendu d’avoir (enfin ! enfin !) accès aux solutions. Il se fait remettre par la veuve de Max l’enveloppe rouge et la disquette, qui sont supposées contenir la version papier et informatique des solutions, écrites de la main de Max. Et comme, à ce stade, Becker ne suspecte encore rien, la remise de ces éléments, oh ! combien symboliques, se passe par-devant l’huissier que Becker a personnellement choisi, Me Neige-Schmitt, établie à Argentat (ça ne s’invente pas) en Corrèze.

Arrivent par Chronopost l’enveloppe rouge, ornée de ses quatre sceaux intacts, ainsi qu’une autre enveloppe contenant la disquette.

Je remarque au passage (bien que Me Neige et Becker soient, en 2021, parmi les rares personnes encore capables de réussir des photos illisibles dignes des daguerréotypes du xixe siècle !) qu’à la lecture du constat, l’enveloppe rouge est protégée par un emballage en plastique et une autre enveloppe qui comporte une note manuscrite qui n’est pas de la main de Max, ni de son paraphe, mais passons. On n’entendra plus jamais parler de l’enveloppe rouge.

On en vient à la disquette, qui contient trois documents, mais bizarrement, on ne nous parlera que d’un d’entre eux : le document .sam intitulé SOLUTION. Il s’agit d’un document créé par l’antique traitement de texte Ami Pro de Lotus, dont je me souviens parfaitement que c’était celui utilisé par Max. L’huissier affirme pouvoir « l’ouvrir », mais « il s’agit d’un texte crypté ». Elle rend donc la disquette et l’enveloppe rouge à Becker, et c’est là-dessus que prennent fin les diligences du mois d’avril 2021. La veuve de Max avait bien envoyé dans le Chronopost « une lettre manuscrite d’accompagnement des documents qui [était] adressée [à l’huissier] », mais visiblement cette lettre ne contenait aucune instruction permettant de procéder au décryptage. Quel fâcheux oubli, tout de même ! ;o)

Plusieurs mois vont maintenant s’écouler jusqu’en octobre, pendant lesquels on a pu avoir largement le temps de réaliser des tas de choses… Nous y reviendrons.

Revenons un instant sur ce mystérieux fichier SOLUTION : que signifient les mots « il s’agit d’un texte crypté » ? Signifient-ils que le fichier informatique a pu être ouvert, contrairement par exemple à un document Word muni d’un mot de passe, qui refuserait de s’ouvrir ? Signifient-ils qu’une fois ouvert, le texte de ce document est apparu composé d’une suite de caractère inintelligibles, tels que « @*$36#!kcp:+ » ? L’huissier ne le précise pas.

L’important, c’est qu’il est remis tel quel à Becker. On s’attendait à prendre connaissance des solutions, là, à l’étude, devant l’huissier, et voilà qu’on s’aperçoit qu’on n’y parvient pas. C’est sûrement frustrant. Mais pourquoi diable personne n’a eu alors l’idée d’ouvrir l’enveloppe rouge, qui traînait sous les yeux de tout le monde ? C’est une première zone d’ombre dans le déroulé des faits.

Quelques mois, donc, se passent. Voici octobre. Becker est de retour chez Me Neige, avec sa disquette et, cette fois, deux liasses de papiers : 48 pages représentant l’impression du texte « crypté », et 10 autres présentées comme « extraites en clair ».

Mais extraites comment ? Qui donc a donné à Becker le mot de passe permettant le décryptage ? « Les ayants-droit de Max, bien sûr ! » va-t-on me rétorquer. D’accord, mais si les ayants-droit connaissaient le mot de passe, pourquoi ne pas l’avoir fourni au moment de l’envoi de la disquette à l’huissier, en avril, six mois plus tôt ? Comme ils sont distraits, ces ayants-droit !

Et pourquoi diable, au cours de ces six mois, personne ne s’est-il intéressé au contenu de l’enveloppe rouge ? Comme on est oublieux, parfois !

Sur ces tous ces sujets, le constat d’huissier garde le silence.

Continuons à dérouler les faits tels qu’on nous les présente : en possession de l’impression du texte crypté, l’huissier contrôle qu’il est identique à celui qu’elle visualise sur son écran. Parfait. Pour autant, la seule personne qui affirme que les 10 pages « extraites en clair » sont bien la quintessence dudit texte crypté, est et demeure Becker. Personne d’autre ne peut le confirmer. Et toute la suite découle de là. Si l’huissier mord à cet hameçon-là, la pêche sera miraculeuse.

Et l’huissier, qui n’a pas de raison de se méfier, mord.

On décide alors de se rendre sur place pour vérifier la présence de la contremarque enfouie. Rappelons ici que, même si, en matière de constats, la compétence territoriale des huissiers n’est pas limitée au ressort de leur cour d’appel, ils ne voient pas d’un bon œil l’idée de faire des centaines de kilomètres. On peut donc penser que, pour que Becker convainque Me Neige de se rendre, seule avec lui, dans une forêt en pleine nuit pour creuser un trou, à tout le moins fallait-il que le lieu ne soit point trop distant. Gageons donc que c’était quelque part en Corrèze, voire dans un département limitrophe, puisqu’ils arrivent sur place à 19h30 (pour information, le soleil s’était couché en Corrèze peu avant 19h le 22 octobre 2021).

Sur place, ils commencent par réaliser « un métré soigné », à l’issue duquel Becker ahane comme il convient un bon moment (et d’ailleurs, à 70 ans passés…), puis extrait un sac plastique commodément muni d’une inscription « 09 – 2005 », qui a parfaitement survécu et reste très lisible, ce qui permet de le dater (tout le monde sait que tous les sacs en plastique portent leur date de fabrication bien en évidence), avec « l’oiseau rouillé » à l’intérieur.

Conclusion évidente : en septembre 2005, ou peu après, Max est venu, s’est emparé de la chouette en bronze numérotée 1/8 qui faisait office de contremarque, et l’a remplacée par l’oiseau rouillé —en omettant au passage de replacer les instructions, d’ailleurs, sinon l’huissier les aurait vues. Hautement improbable, connaissant Max, mais admettons.

Ce sur quoi Becker, qui, pensant décidément à tout, avait emporté avec lui une seconde chouette en bronze, juste au cas où (franchement, là, et après le coup de la date sur le sac, qui y croit encore ?), la pose dans la « tombe » à la place de l’oiseau rouillé, avant de reboucher le trou.

Et voilà Becker complètement maître de la Chouette d’Or, avec sa solution et sa contremarque, enterrée dans un lieu connu de lui seul (et de l’huissier tenu au secret professionnel).

Quelle est la seule vraie conséquence pratique de tout cela ? C’est que l’huissier peut, sans tergiverser, déclarer la solution de Crolet non conforme à celle que Me Neige peut penser de bonne foi être la solution du jeu (c’est-à-dire les dix pages présentées par Becker). Exit la procédure d’Avignon, qui n’est plus qu’un mort en sursis.

Il reste quand même plusieurs autres zones d’ombre troublantes, si troublantes qu’elles vont nous contraindre à réfléchir à une autre version possible des faits.

Première zone d’ombre : pourquoi diable Max, auteur professionnel qui avait tout intérêt à ce que sa chasse emblématique se termine sans le moindre accroc, fait-il l’énorme bêtise de « dérober » la contremarque pour la remplacer par un oiseau rouillé, sans même laisser dans la tombe d’instructions pour le découvreur ? Tout cela, au risque (énorme !) de jeter le discrédit sur l’ensemble de sa chasse, et sur sa personne… Y a-t-il la moindre raison logique qui puisse expliquer un comportement aussi étrange, contraire à ses propres intérêts et dénué de tout bénéfice pour lui ? Is fecit cui prodest, dit l’adage, qui trouvera sans doute à s’appliquer ici aussi…

Deuxième zone d’ombre : à supposer, pour les besoins de la discussion, que Max se soit emparé de la contremarque 1/8 et l’ait remplacée par l’oiseau rouillé, comme tous les agissements de Becker essaient de nous le faire croire… alors, où diable est, aujourd’hui, cette contremarque 1/8 ? Rappelons que Max est mort il y a plus de 10 ans, et à ma connaissance, on ne l’a trouvée nulle part dans les affaires du défunt, et elle n’était pas sous son lit d’hôpital à Abreschviller !

Où est donc cette mystérieuse contremarque, qui semble s’être volatilisée ?

Tout cela, à l’évidence, interpelle notre bon sens. Nous sentons confusément qu’il y a bien des choses qui ne collent pas. Je ne doute pas un instant de la sincérité de Me Neige-Schmitt, mais je crains qu’elle n’ait fait preuve dans cette affaire d’une naïveté après tout excusable, ne connaissant certainement rien au monde des chasses au trésor, à l’histoire de la Chouette et aux relations anciennes entre les personnes en cause, qui expliquent peut-être bien des choses.

Nous qui les connaissons mieux, pouvons tenter de proposer une autre version des faits.

Premier point : le décryptage du fichier informatique SOLUTION.

Sans nul doute, Max avait crypté ce fichier, avec tous les moyens possibles et imaginables à l’époque.

Pourquoi la veuve de Max, lorsqu’elle a transmis la disquette à l’huissier, n’a-t-elle pas fourni le mot de passe nécessaire au décryptage ? Ma réponse est : parce qu’elle ne le connaissait pas !

Donc, le fichier SOLUTION (le vrai, celui que Max avait écrit et encrypté) n’a jamais été décrypté.

Il faut savoir que Max (et je le sais, l’ayant fréquenté comme ami proche pendant des années) était quasiment paranoïaque pour tout ce qui touchait à la sécurité de ses jeux, et tout particulièrement de la Chouette d’Or. Qu’il ait gardé pour lui, et lui seul, le vrai mot de passe permettant de décrypter le fichier SOLUTION ne me surprend pas du tout. En vérité, je suis prêt à parier que c’est exactement ce qu’il a fait.

Très bien, me direz-vous, mais Becker s’en fichait, puisque l’enveloppe rouge lui fournissait, tout imprimé et en clair, le contenu du fichier SOLUTION !

Eh bien justement ! Après qu’on l’eut photographiée et rendue à Becker en avril 2021, vous ne trouvez pas bizarre qu’on n’en entende plus parler, de cette enveloppe ? Bien sûr que Becker, voyant qu’il ne parviendrait pas à décrypter le fichier SOLUTION, l’a ouverte !

Et alors ? Eh bien, ici encore, je parie sur la paranoïa de Max concernant les solutions de la Chouette : cette enveloppe ne contenait que des pages blanches… !

Imaginez la frustration ! On se pensait (enfin !) maître du jeu, les ayants-droit désormais assujettis par contrat, Crolet sur le point d’être ridiculisé par la comparaison que l’huissier allait faire entre ses solutions et celles de Max… et voilà que tout l’édifice s’effondre ! Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter ça ?

C’est à ce moment-là qu’un projet différent prend forme : on n’a pas de solution, on va en écrire une. Qui pourra contredire le fait que les 10 pages (on a lu les Q/R, hein !) qu’on va brandir n’ont pas vraiment été « extraites » des 43 pages du texte crypté ? Qui pourra dire que le coin de forêt qu’on connaît bien, et où on emmènera l’huissier, n’est pas la bonne tombe de la chouette ? Comment ça, c’est bien proche de l’endroit où réside Michel Becker ? Mais pure coïncidence ! Et d’ailleurs, quand le jeu a été lancé, Becker n’habitait pas en Corrèze, mais entre Monaco et le Vaucluse !

Alors, bien sûr, quand on ouvrira la tombe, on n’y trouvera pas la contremarque, et pour cause… Qu’à cela ne tienne, ce fada de Max n’avait-il pas clamé qu’il voulait la garder pour lui, après la fin du jeu ? N’avait-il fait pas mine de se la disputer avec Becker, qui d’ailleurs en rajoutait sur le sujet, avec d’autant plus de duplicité qu’il était, avant la Chouettefête de Bourges en 2003, le seul à savoir qu’il en possédait (au moins !) une autre, portant le numéro 2/8 ? Eh bien, Max aura pété un plomb et sera retourné sur place pour « s’emparer » de la contremarque qu’il désirait si fort, et voilà tout ! Et il l’aura remplacée par… par quoi, au fait ? Eh bien, par une caricature de la magnifique statuette en bronze de l’artiste Becker, par une ferraille rouillée qu’on se débrouillera pour trouver ou fabriquer, puis pour « vieillir » en accéléré avant d’aller, un soir d’été, l’enterrer à l’endroit décrit par nos nouvelles solutions, à point pour que, d’ici quelques mois, en octobre, notre huissier préféré assiste (de nuit, on y voit moins bien !) à son exhumation par nos propres soins…

Oui, c’est vrai, il y a donc encore, quelque part en France, une contremarque 1/8 enterrée. Et, quand on y pense, ça nous travaille… Mais après tout, ça fait trente ans qu’on la cherche en vain, il se passera bien encore trente ans avant qu’on la trouve ! On ne sera plus de ce monde, et d’ici là, on va pouvoir bien s’amuser à jouer au maître de la Chouette d’Or, en nous délectant déjà d’être au centre de l’attention de toute la communauté des chouetteurs !

Imaginons un instant que cette reconstruction imaginaire soit vraie : on comprend qu’on ne s’étende pas sur le décryptage du fichier SOLUTION (il n’a jamais été décrypté) ; on comprend qu’on n’ait plus jamais parlé de l’enveloppe rouge (elle ne contenait que des feuilles vierges) ; et on comprend pourquoi personne ne s’est posé la question de savoir où avait bien pu passer la contremarque 1/8…

Reste un mot pour la fin : Churchill, on le sait, fait partie de ces personnages historiques à qui on a attribué de magnifiques citations qu’ils n’ont jamais prononcées. À propos de la « capitulation » de Chamberlain et Daladier face à Hitler à Munich en 1938, on prétend qu’il aurait dit : « ils avaient le choix entre la guerre et le déshonneur. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront quand même la guerre. »

Face au constat d’huissier qui affirme, avec la force de l’acte authentique, que ses solutions ne sont pas celles du jeu, je vois mal les prétentions de Crolet prospérer devant le tribunal d’Avignon (même si, je l’avoue, je connais mal cette procédure et tous ses arguments). En tous cas, c’est là-dessus que compte Becker pour se débarrasser de cette procédure qui finit par être barbante et coûteuse, et c’est en faisant ce pari-là (peu risqué) qu’il a pu s’engager contractuellement envers les ayants-droit. Toutefois, qu’est-ce qu’a obtenu (quand même) Crolet, même si c’est décevant pour lui ? Il a obtenu qu’un huissier prenne connaissance des (soi-disant) solutions de la Chouette et les compare avec les siennes. Même en admettant qu’on continue à croire que les solutions que Becker affirme avoir décryptées du ficher SOLUTION sont les vraies, qui empêchera, demain, d’autres Crolet, de surgir en grand nombre pour réclamer exactement la même chose à la justice, sur la base de la « jurisprudence Crolet » ? Puisque cela a marché une fois, cela marchera bien encore : j’exige qu’on compare mes solutions avec les solutions… ! Je ne suis donc pas sûr que l’avenir judiciaire du jeu soit aussi dégagé que certains ne le pensent. Si d’aucuns ont consenti à ce que je considère comme une forme de déshonneur, j’espère qu’eux, au moins, n’auront pas, en plus, la guerre.

Plaidoyer pour Ronchamp

•5 décembre 2019 • 37 commentaires

Tout le monde sait que je ne cherche plus la Chouette depuis des années, et que je n’ai aucune intention de m’y remettre, sous quelque prétexte que ce soit. Cela n’a pas changé.

Cependant, je ne peux pas empêcher mon cerveau de cogiter, ni mes yeux de voir, ni mes lectures de coïncider de temps à autre (rarement!) avec tel ou tel thème présent dans les énigmes de cette merveilleuse chasse au trésor, dont le mystère demeure à ce jour tout aussi impénétrable qu’il y a un quart de siècle.

C’est ainsi que, l’année dernière, je compris enfin, par quelque étrange illumination spontanée (l’espace d’un instant, je me suis cru dans la peau de Bernadette Soubirous…), combien sont les «eux» de la 520, et surtout, combien d’intervalles il y a entre eux. Cette révélation me fut faite en attendant à un feu rouge, alors que je devais par ailleurs avoir l’esprit parfaitement vide de toute pensée vaguement cohérente… Quand on nous affirme que nous n’utilisons consciemment qu’une faible partie des ressources de notre cerveau, il y a des moments où je suis tout prêt à le croire.

Bref, clôturons ce chapitre, et revenons à nos moutons. Je lisais l’autre jour un bouquin sur les Trésors de l’UNESCO en France, quand la page consacrée à l’œuvre de Le Corbusier attira mon attention : une jolie photo de la chapelle Notre–Dame de Ronchamp y figurait, avec ses murs chaulés et son toit de béton brut bien sombre, dont l’un des pans au moins ressemble de manière frappante à une coque de voilier, particulièrement pour le voileux indécrottable que je suis.

L’on sait bien que, concernant les concepts de Navire Noir Perché (NNP) et de Nef encalminée, les théories abondent. Parmi celles qui considèrent que Nef et NNP sont des entités tangibles qu’il convient d’identifier par le décryptage des énigmes, il en existe qui postulent une unicité entre lesdits concepts. Autrement dit, l’objet tangible que Max appelle NNP, et celui qu’il appelle Nef encalminée, sont, sur le terrain, le même. Le fait que cet objet tangible unique puisse, par ailleurs, symboliser deux choses différentes, ou servir à deux choses différentes (ou davantage !), ne m’intéresse pas ici. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir quel pourrait être cet objet tangible, qui pourrait à la fois être qualifié de «Navire Noir Perché» et appelé aussi «Nef encalminée».

Prenons d’abord le NNP : l’objet que nous recherchons doit être un navire, ou y ressembler ; il doit être «noir» —ou, a minima, bien sombre, par contraste avec les éléments qui l’entourent sur le terrain ; et situé en hauteur, pour mériter son qualificatif de «perché». Point n’est besoin qu’il soit bien haut : il suffit qu’il soit «au-dessus» des autres éléments qui sont à proximité immédiate.

Prenons ensuite la Nef : puisqu’une nef, c’est un navire, on revient à l’assimilation évoquée ci-dessus : l’objet en question doit évoquer un navire. Toutefois, le mot «nef» possède une autre acception, architecturale celle-là : la nef d’une église, c’est-à-dire la partie comprise entre la façade (ou le narthex s’il en existe un) et la croisée du transept. Il serait donc amusant et futé que l’objet tangible que nous cherchons puisse aussi évoquer ce second sens, même si cela n’est pas a priori une obligation.

Regardons ensuite la chapelle de Ronchamp, vue sous cet angle ultra–classique (et merci à la fondation Le Corbusier pour cette image) :

ronchamp

Chapelle Notre–Dame de Ronchamp, par Le Corbusier (photo fondation Le Corbusier)

La coque de navire est bien là, particulièrement flagrante dans la partie droite du toit. La sombreur, j’oserais presque dire «la noirceur» est également incontestable, et renforcée par le contraste avec les murs blancs. Et quant au fait que ce «navire noir» putatif soit perché, pas de contestation non plus, c’est physiquement évident, s’agissant du toit du bâtiment.

La nef, ensuite : non seulement l’acception de «navire» saute aux yeux, comme on l’a vu, mais encore ce toit-là est-il celui d’une chapelle, dont il recouvre donc… la nef. C’est le genre de chose qu’un concepteur d’énigmes est fondé à trouver «joli», particulièrement dans les années 1990, époque où les chasses au trésor ludiques étaient un sport encore largement inconnu en France. Quant au fait, enfin, que cette nef soit «encalminée», son statut d’immeuble répond sans nul doute à cette exigence.

Si l’on part du principe que la Nef et le NNP sont une seule et même chose (et je conçois très bien qu’on pense différemment, toutes les hypothèses sont permises!), et si l’on admet que cette «chose» est tangible et doit être localisée sur la carte (bis repetita), alors Notre–Dame de Ronchamp, non seulement répond parfaitement au «portrait–robot» (truc évoquant un navire, noir ou noirâtre, placé en hauteur, etc.), mais surtout offre un avantage dont aucun autre édifice religieux, à ma connaissance, ne peut se targuer : cette petite chapelle de rien du tout est la seule, sur la carte de France 989 (la seule que les chercheurs sont supposés utiliser à ce stade du jeu), à disposer de son propre symbole individuel !

Incroyable, mais vrai !

Pensez donc ! La cathédrale de Strasbourg ne figure pas sur la 989, pas plus que la cathédrale de Chartres, ni celle de Reims, ni Notre–Dame de la Garde à Marseille, ni même l’emblématique Notre–Dame de Paris, sur le parvis de laquelle figure pourtant le «kilomètre zéro», point d’origine de toutes les routes de France… Mais Ronchamp, humble bourg minier au pied des Vosges, à mi–chemin entre Belfort et Luxeuil, y figure bien, lui, et surtout la petite chapelle de Ronchamp y dispose de son symbole bien à elle, honneur unique et spécificité de taille (si j’ose dire) qu’un auteur d’énigmes aurait eu bien du mal à ignorer…

Je soulignerai par contraste que, si Dabo est bien mentionné sur la carte 989, la chapelle en haut du rocher de grès rouge (qui n’a jamais été noir, sauf par une nuit sans Lune) ne l’est pas…

Bien entendu, je ne sais pas si la chapelle de Ronchamp est le NNP, ou la Nef, ou les deux, ou aucun des deux. Je sais seulement que, si j’écrivais des énigmes et que je sois à la recherche d’un lieu remarquable situé dans ce coin de France, lieu qui soit éventuellement commode pour y faire passer un ou plusieurs traits dans la suite du jeu, eh bien la petite chapelle de Le Corbusier aurait fait une très jolie candidate : peu connue du grand public à l’époque, on ne l’identifie évidemment pas lorsque le décryptage primaire de la 600 nous fournit l’entité NNP ; pourtant, dès la 500, les outils de l’architecte nous mettent sur la piste… et je ne vous cache pas que le trait qu’à l’époque j’avais tiré sur ma 989 à la fin de la 560, passait bien par Bourges et par la chapelle Notre–Dame de Ronchamp.

Serait-ce la nef encalminée ?

•6 décembre 2016 • 3 commentaires

Bonjour à toutes et à tous, et avant tout merci à tous ceux qui m’écrivent et auxquels je n’ai pas toujours le loisir de répondre individuellement, d’autant plus que, comme vous le savez sûrement, je ne souhaite pas discuter du fond des énigmes, ni des hypothèses de solutions que vous êtes chaque mois plusieurs à me soumettre.

 

Le vaisseau des Cévennes

La principale raison d’être de ce billet est que, au cours d’un voyage photographique de quelques jours à travers certaines régions de France, à la recherche de belles ruines médiévales, j’ai «découvert» le château de Portes, dans le Gard. Un fort bel édifice, c’est certain, mais qui m’a surtout amusé lorsque j’ai appris qu’il était surnommé «le vaisseau des Cévennes», à cause de l’éperon à angle très aigu, en forme de proue de navire, qui défend son donjon vers le sud-est.

 

Château de Portes

Je plaisante, bien sûr, en supputant qu’il pourrait s’agir de ce que Max a dénommé «la Nef encalminée», mais il est de fait que, voyage après voyage, je rencontre de plus en plus d’endroits que le parler local a assimilés à des navires immobiles, du fait de leur apparence… Max le savait-il ?

En cette fin d’année qui approche, permettez-moi de vous souhaiter un très joyeux Noël et une année 2017 heureuse et prospère. Je n’ose plus espérer que la Chouette soit trouvée en cette année qui vient, mais je vous dis quand même «bonne chasse, et que l’un(e) d’entre vous la trouve enfin !»

Amicalement,

Monglane

Un nouveau NNP?

•2 juin 2015 • 23 commentaires

Ce « nouveau NNP » ne sera peut-être pas si nouveau pour tout le monde, mais lorsque j’en ai entendu parler, son aspect visuel m’a paru suffisamment frappant pour requérir une visite. Et puis, les mois sont passés (voire même quelques années) avant que l’occasion d’une excursion sur place ne se présente.

Aujourd’hui, je suis donc enfin en mesure de vous proposer ce petit reportage photographique qui, je l’espère, vous distraira, à défaut de vous offrir une piste nouvelle… car, avouons-le, il faut ici aussi (comme c’est bien souvent le cas) une sacrée imagination pour trouver cet endroit « noir »… !

En revanche, pour ce qui est de ressembler à un navire et d’être perché, Peyrelade ne craint personne… même pas Dabo!

Construit entre le XIIe et le XVIe siècles, cet extraordinaire château-fort mérite assurément le détour. Il y règne (particulièrement hors saison, quand vous avez la chance de l’avoir pour vous seul) une ambiance prenante et évocatrice qui vous replonge véritablement, avec un peu d’imagination (et les chouetteurs n’en manquent pas) dans l’ambiance de l’époque —autant qu’il est possible de l’appréhender en ce début de IIIe millénaire, évidemment.

(N’oubliez pas de cliquer sur les vignettes ci-dessous pour visualiser les photos dans une taille plus lisible)

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Vue d’une des "proues" (oui, il y en a plusieurs!)

Vue d’une des « proues » (oui, il y en a plusieurs!)

La basse-cour

La basse-cour

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

La seconde "proue", plus impressionnante encore que la première

La seconde « proue », plus impressionnante encore que la première

La seconde "proue", vue de l’autre côté

La seconde « proue », vue de l’autre côté

Fin de la visite...

Fin de la visite…

La Chouette est sauvée —provisoirement

•4 juin 2014 • 4 commentaires

Dûment alerté par l’A2CO, dont tous les administrateurs, le Président Garp en tête, ont fait de l’excellent travail, le commissaire-priseur a semble-t-il renoncé à mettre la Chouette d’Or aux enchères pour le moment. Il a bien dû constater que le droit de Becker de la mettre en vente souffrait quelque contestation.

Pour autant, l’affaire n’est pas close, seule une décision de suspension a été prise, et ce qui n’est que suspendu peut être aisément réactivé. L’A2CO poursuit ses efforts afin de solidifier les premiers acquits. L’idéal serait, bien entendu, que la Chouette puisse entrer en possession de l’A2CO afin qu’une solution de gardiennage fiable, transparente et pérenne puisse être mise en place, au vu et au su de tous les chercheurs.

Becker, toute honte bue…

•2 juin 2014 • 24 commentaires

J’apprends que Michel Becker, certes créateur de la statuette de la Chouette d’Or, mais qui n’en est aujourd’hui, juridiquement, que le gardien matériel dans l’attente du couronnement d’un gagnant, a décidé, au mépris des principes les plus élémentaires du droit (je ne parle même pas de l’honnêteté ni de la décence), de mettre la Chouette en vente, mercantilisant sans remords ce qui est encore, pour des milliers de chercheurs, le symbole sans prix d’une grande et merveilleuse aventure.

Faut-il qu’il soit au fond du trou, pour en venir à commettre pareille ignominie…! J’espère en tous cas que cette trahison ultime, dans tous les sens du terme, édifiera une fois pour toutes les chouetteurs sur le compte de cet individu en lequel certains (et même des ex-administrateurs de l’A2CO!) avaient encore confiance. Maintenant, tout le monde sait à quoi s’en tenir sur le compte de celui qui, naguère, pouvait encore faire illusion.

Pour ma part, je croyais, je dois l’avouer, qu’il lui resterait quand même, jusqu’au bout, une once de décence, une once de respect pour le jeu de la Chouette d’Or et pour toutes celles et tous ceux qui s’y consacrent, certains depuis de nombreuses années… Pourtant, même de cela, il s’en est dépouillé. Celui qui, en 2003, fut à l’occasion de la ChouetteFête des Dix Ans, le « roi de Bourges », ce roi-là est bien nu aujourd’hui : il ne possède même plus les quelques lambeaux d’honneur qui lui restaient.

J’espère que l’A2CO, sous la conduite de son Président Garp, que je connais et en qui j’ai toute confiance, pourra trouver les ressources nécessaires pour s’opposer à cette vente, normalement prévue pour se dérouler à Drouot le 20 juin. Je l’assure d’ores et déjà de mon entier soutien. Ensuite, bien entendu, il sera possible à l’association d’assigner Becker en justice pour faire reconnaître sa responsabilité dans une mise en vente à laquelle il n’avait pas le droit de procéder, mais l’affaire ne pourra alors se solder qu’en termes de dommages-intérêts ; l’objet unique, lui, sera enfui entre les mains du plus nanti, et non dans celles du plus méritant, auquel il était destiné.

La chasse qui allait tout changer

•25 avril 2014 • 7 commentaires

À l’occasion d’une énième balade photographique en Drôme provençale, mon regard balayant la carte s’arrêta l’autre jour sur un nom aux consonances familières : Buis-les-Baronnies. Il ne me fallut guère de temps pour associer cette charmante bourgade un peu endormie à la Rose des Vents, fameuse chasse au trésor estivale organisée par France 3 dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog.

En effet, je me souvenais très bien qu’une année, le concepteur des énigmes avait caché la contremarque dans la région de Buis —ou plutôt, du Buis, comme l’on dit localement. Je n’avais pas participé à cette édition, ce qui la plaçait approximativement dans ma mémoire au début des années 2000, période à laquelle je m’étais volontairement mis en congé des chasses, mais j’en gardais néanmoins un souvenir très précis, pour la raison que j’indiquerai tout à l’heure.

Je fis quelques recherches et, même si la 3G (pour ne rien dire de la 4 !) n’est pas omniprésente dans la région, mon téléphone me confirma bientôt que c’était bien lors de l’édition 2000 que la Rose avait été cachée par ici. Le dernier repère, une bergerie en ruines dénommée le Jas du Blanc, était quelque part dans les collines environnant le Buis. Une fois sur place, je passai deux bonnes heures à tenter de localiser ce fameux Jas, sans résultat. Il faut dire qu’on était lundi de Pâques, et que les rares passants étaient tous des touristes, les environs étant fort populaires auprès des randonneurs et autres pratiquants de l’escalade.

Enfin, je mis la main sur un vieux Drômois à qui ce « Jas du Blanc » disait quelque chose, sans qu’il fût bien capable de me donner des instructions précises pour m’y rendre. C’était, croyait-il, quelque part sur le « sentier botanique » débutant derrière le hameau de Chorane, qui était « par là-bas, vous ne pouvez pas vous tromper ! » (air connu). En vérité, j’eus de la chance : la mémoire de mon vieil autochtone était assez bonne, et en effet le panneau mentionnant « Chorane » existait bel et bien, même si sa petite taille eut permis de le rater. Mais je ne le ratai pas et, ayant roulé un moment avec prudence sur une étroite piste en terre battue, j’arrivai au pied du fameux sentier botanique.

Mon indic m’avait assuré que la seule manière de tomber sur le Jas sans coup férir était de suivre le sentier dans le sens préconisé. Mais il lui semblait que la bergerie était plutôt dans la seconde partie de la boucle, ce qui promettait près de deux heures de marche pour l’atteindre. « Bien sûr, avait-il fait en hésitant, vous pourriez prendre le sentier dans l’autre sens… Mais là, alors, pour vous dire où c’est… Non, vous ne le trouverez jamais de cette façon. »

En vérité, le Jas était fort bien indiqué, et je décidai de prendre le plus court chemin. Après tout, si les chercheurs de la Rose des Vents y étaient, en leur temps, parvenus, il n’y avait pas de raison, n’est-ce pas…? Bien plus que la tâche, en réalité, ce fut la pente qui s’avéra ardue. Il me fallut pas loin de 45 minutes, avec plusieurs pauses-respiration, pour enfin atteindre le Jas, et il me faudra 20 minutes pour en redescendre (il est vrai, en flânant en chemin pour faire des photos). Heureusement que le temps était un peu couvert, j’imagine bien ce que ça aurait pu être sous un soleil de plomb. La balade était belle, néanmoins, et je n’ai pas rencontré âme qui vive ; j’étais seul, en ce lundi de Pâques, dans les hautes collines escarpées des Baronnies.

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Le Jas tel qu’il apparaît lorsqu’on arrive par le sentier

Arrivé sur place, j’ai été surpris par le peu d’espace disponible. Non seulement la bergerie est complètement effondrée, à part le pan de mur du fond, mais la végétation est omniprésente et laisse très peu de place pour faire le tour de la ruine. Je ne sais pas si c’était déjà ainsi il y a 14 ans, mais compte tenu du volume de gravats éparpillés tout autour, je conçois aisément que la contremarque ait pu être exhumée d’un coup de pelle mais non repérée sur le coup, sa couleur se confondant aisément avec les débris et l’environnement, l’éclairement n’étant au surplus pas optimal, loin s’en faut.

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Quant à repérer précisément une cache décrite comme située « au milieu des ouvertures » (il y en a trois dans le mur restant debout, donc en plus l’indication était équivoque), « perpendiculairement à 1,90 mètres », ça ne devait rien avoir d’évident, mais l’Homme en Noir n’était pas réputé pour avoir la précision d’un Max Valentin.

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Le choix du spot, loin d’être idéal pour cacher une contremarque, a probablement contribué aux errements de la première équipe arrivée sur les lieux, celle d’Exocet, aux interrogations qui ont suivi, et aux appels téléphoniques passés par un chercheur sur le téléphone portable personnel de l’Homme en Noir. C’est en cela que j’écrivais en titre que cette chasse est celle qui a tout changé : pour la première fois, certains pouvaient évoquer ouvertement une collusion, ou au minimum des rapports d’une nature ambiguë, entre l’organisateur et certains chercheurs. Appeler le créateur des énigmes sur son portable, était-ce là une procédure accessible à tous les chasseurs ? Évidemment pas. Discuter avec l’Homme en Noir de l’« absence » apparente de la contremarque, ressentir l’inquiétude et l’incrédulité de cet organisateur face à cette annonce, donc obtenir la confirmation explicite qu’on était bien à l’endroit où aurait dû se trouver la contremarque… Du coup, reprendre les recherches, et enfin retrouver la Rose des Vents parmi les déblais rejetés un moment plus tôt par les pelles des premiers creuseurs (impensable, défiant le bon sens, et pourtant véridique !), voilà toutes choses que seuls certains privilégiés, tantôt chercheurs, tantôt organisateurs eux-mêmes, pouvaient se permettre, et c’est cette différence de traitement, de recours, de possibilités, avec le commun des chercheurs, qui conduisit le jury de France 3 à s’interroger sur l’opportunité de décerner cette année-là le lot en espèces sonnantes et trébuchantes.

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L’arrière du Jas

Je fus alors consulté par la chaîne, en ma double qualité de juriste et de chercheur, certes reconnu, mais n’ayant pas participé à cette édition 2000 du jeu. Consulté seul ou, j’imagine, au même titre que d’autres, je ne l’ai jamais demandé, et j’ai à l’époque rendu l’avis écrit et motivé qui m’avait été demandé.

Quelques jours plus tard, le jury rendait son verdict, et renonçait à attribuer le lot, décidant de le reporter sur l’édition 2001.

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Le genre de terrain dans lequel la contremarque avait été enterrée

Cette décision avait été prise à contrecœur, non pas parce qu’elle était intrinsèquement mauvaise (un quasi-consensus existait sur le point de dire qu’elle était la seule possible face au doute qui avait été généré par cette étrange fin de jeu), mais parce qu’elle obligeait la chaîne à « remettre le couvert » l’année suivante. Or, certains s’interrogeaient sur le message que véhiculait un jeu d’argent destiné au grand public où « c’est toujours les mêmes qui gagnent » —allusion à l’éclatante série de victoires de l’équipe d’Exocet, victoires fondées tout autant sur leurs mérites personnels que sur leur organisation, et victoires, je m’empresse de le dire, irréprochables à mon avis… mais dont le caractère récurrent en « interpellait » (pour reprendre un mot à la mode) certains au sein de la chaîne. La télévision voit parfois les choses avec une mesquinerie (pour ne pas dire une bêtise) étonnante : au tennis aussi ce sont souvent les mêmes qui gagnent, et ce n’est pas pour autant qu’on interrompt les retransmissions des tournois !

On remit donc ça en 2001, parce qu’il le fallait bien, avec cette fois un final sur le site magnifique du château de Linchamps, dans les Ardennes. Une nouvelle fois, l’équipe d’Exocet triompha, ce qui enfonça le dernier clou dans le cercueil déjà scellé depuis l’année précédente de la Rose des Vents. L’émission La carte aux trésors, elle, allait continuer jusqu’en 2009, mais la chasse au trésor grand public qui lui avait été associée, et qui avait édifié un pan notable de l’histoire des chasses ludiques en France, ne survécut pas au désastre du Jas du Blanc.

Et pour finir, une pensée, comme chaque année, pour notre ami Max…

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Les oliviers des Baronnies, qui ont vu passer les chasseurs de trésor…

Cordialement,

Monglane

Vingt ans après

•24 avril 2013 • 15 commentaires

Nous éprouvons tous une tendance naturelle à nous rappeler les saisons passées plus belles qu’elles ne le furent. Notre jeunesse enfuie y est pour quelque chose. Le progrès technique a aboli les distances, au moins à l’échelle de la planète : jadis, quand on partait pour une destination lointaine, on n’était jamais vraiment sûr d’en revenir ; aujourd’hui, on sait qu’un coup d’aile nous ramènera chez nous en quelques heures. Voyager dans l’espace est devenu trivial, mais le voyage dans le temps, lui, demeure une grande porte close, probablement pour toujours.

Cette irréversibilité du temps qui s’écoule donne de la valeur aux choses comme aux souvenirs, que l’échéance des nombres ronds a tendance à convoquer plus souvent qu’à leur tour. C’est ainsi que nous célébrons aujourd’hui le vingtième anniversaire de la Chouette d’Or, anniversaire qu’il est commode de fixer, non pas à la date de sortie du livre, que personne ne connaît exactement et qui varia de toutes façons selon les régions et les libraires, mais à cette fameuse nuit où Max Valentin enterra la célèbre contremarque dans la cache souterraine dont personne (sauf lui-même, une fois) ne l’a plus fait sortir depuis.

Et bien entendu, cette même nuit que nous nous apprêtons à vivre, comment pourrions-nous oublier qu’elle fut également fatale à notre ami Max il y a maintenant quatre ans ?

Il y a 20 ans, le monde des grandes chasses au trésor n’existait pour ainsi dire pas, en tous cas en France. Il y a 10 ans, il était devenu florissant (largement grâce à la Chouette et aux autres créations de Max), mais aussi parcouru de divergences, de solides inimitiés, de jalousies à connotations commerciales, de rancœurs, de divisions, de querelles de clocher. Aujourd’hui, il n’existe de nouveau plus : hormis quelques initiatives de peu d’ampleur et de courte durée surgissant çà et là, les grandes chasses nationales et internationales sont mortes, faute de sponsors, éloignés par quelques épisodes peu savoureux et peu professionnels où s’illustrèrent le copinage et la tricherie.

Reste la Chouette, restent les chouetteurs. Sur elle aussi, on a tenté de faire planer certains soupçons, par envie, jalousie ou pure volonté de nuire, mais en définitive aucun de ces soupçons ne s’est jamais confirmé. Autant Max (paix à son âme !) s’était montré trop confiant envers certains dans la phase de gestion opérationnelle de son jeu, une fois celui-ci lancé, autant il s’était entouré de toutes les précautions nécessaires durant la phase de préparation, de telle sorte que rien n’a filtré, et que ce qui devait filtrer était conçu dès le départ pour être, en pratique, inutilisable pour quiconque essaierait de s’en servir pour localiser la contremarque par des moyens déloyaux, si jamais il devait y en avoir, ce qui, après tout, n’est pas avéré.

La Chouette, qui détient depuis déjà quelque temps le record de longévité pour une chasse au trésor ludique, reste donc seule, virgo intacta dans son écrin de glaise, traversant les décennies, à cheval sur deux siècles et deux millénaires. Plus le temps passe, plus elle prend des airs de Graal. Nombreux sont ceux qui la cherchaient à l’origine, et qui ont depuis abandonné ; il en reste quelques-uns. D’autres sont venus, des jeunes qui ne savaient pas encore lire quand le livre a été publié, et l’on attend en frémissant à la fois d’impatience et d’angoisse le moment où arrivera le premier chouetteur qui n’était pas né lorsqu’elle fut enterrée… Globalement, les effectifs ont très largement diminué, pour l’essentiel du fait de l’absence totale de communication autour du jeu, conséquence logique de l’absence de « meneur de jeu ». Néanmoins, les fidèles sont toujours là, parfois depuis la première heure, et la Chouette fait maintenant tellement partie de leur vie que l’on se demande parfois ce qu’ils redoutent le plus : de ne jamais la trouver, ou au contraire qu’elle soit trouvée, créant dans leur existence un « manque » qu’il faudra du temps pour combler ?

Au-delà de ces inquiétudes et de ces espoirs, nous devons surtout nous rappeler que ce jeu magnifique a donné à des dizaines de milliers de personnes le goût de la recherche, de la lecture, de la culture, la motivation nécessaire pour aborder des domaines historiques, géographiques, scientifiques qui les auraient définitivement rebutés en toute autre circonstance, et qu’ainsi la Chouette a constitué une extraordinaire « machine à apprendre », permettant de constater, chemin faisant, que se cultiver n’est pas forcément ennuyeux et pénible, mais qu’on peut au contraire y trouver du plaisir.

Dans ce merveilleux voyage culturel que la Chouette nous a permis d’entreprendre, infiniment nombreux sont ceux qui n’arriveront jamais à destination, puisqu’un seul, ou un petit groupe, découvrira un jour le trésor… si toutefois cela arrive. Mais tous devront se rappeler que, comme le disait, je crois, Steve Jobs, The journey is the reward : c’est le voyage en lui-même qui est notre récompense, pas le fait d’arriver au bout. Tel est le legs que Max nous fait, et celui-là, il appartient sans discrimination à tous les chouetteurs.

Légitime revendication (non mais, c’est vrai, et puis quoi, alors ?)

•14 décembre 2012 • 14 commentaires

J’ai déjà souvent écrit, sur ce blog et ailleurs, que j’étais honoré que tant de chercheurs de la Chouette me soumettent leurs hypothèses de solution ou me proposent de m’associer à leurs recherches —même si je décline toujours.

Parfois, en plus, l’occasion m’est donnée de m’amuser un peu, tout en me demandant comment diable peuvent bien fonctionner certains êtres humains, mes prochains sinon mes frères, tant leur manière d’être et de raisonner (si l’on peut dire) m’est étrangère.

C’est encore arrivé cette semaine. J’ai reçu un mail d’un chouetteur me déclarant « Il y a longtemps, plus d’un an, que j’ai la solution de la chasse. Cette solution est protégée par un dépôt à l’INPI. » Jusque-là, guère à redire, certains le font, même si nous savons en général à quoi nous en tenir sur le compte de ces (apparemment nombreux) « chercheurs » qui « ont la solution depuis longtemps », mais n’ont cependant pas la contremarque. Celui-là, cependant, allait plus loin.

En effet, après avoir mis en avant combien il avait été « patient jusqu’à ce jour » (quelle indulgence, en effet), il était « à la veille de publier sa solution dans la presse » (je vois déjà les journalistes se bousculer) et entendait à présent « faire valoir sa légitime revendication » (ah ? laquelle, au juste ?).

Hélas ! Il ne parvenait pas à joindre Michel Becker auquel il entendait bien « adresser une demande authentique » (on n’en doute pas), et venait me demander conseil.

Je l’ai remercié pour son message et lui ai fait remarquer que, ce jeu étant une chasse au trésor, il n’y avait point de « légitime revendication » sans production de la contremarque. J’ajoutai que je trouvais un peu étrange de se lancer dans une chasse au trésor avec pour seul objectif de coucher ses hypothèses sur le papier, puis de les enfermer dans une enveloppe elle-même enfermée à l’INPI, alors que le but normal du jeu est malgré tout d’aller quelque part dans la nature donner quelques coups de pelle…!

Eh bien, que croyez-vous qu’il advint ? Au lieu d’admettre que mon point de vue était, somme toute, assez raisonnable, mon correspondant (éphémère) m’a répliqué tout de go que ma réponse était ridicule (ah…) et qu’il la mettait illico au panier !

Je me demande vraiment sur quelle île déserte, voire sur quelle lointaine planète, vit quelqu’un comme ça ? Je ne peux m’empêcher d’avoir en pensant à lui un sourire à la fois incrédule et un peu attristé, car je ne doute pas, hélas ! que ce chercheur soit de bonne foi…