Serait-ce la nef encalminée ?

•6 décembre 2016 • Un commentaire

Bonjour à toutes et à tous, et avant tout merci à tous ceux qui m’écrivent et auxquels je n’ai pas toujours le loisir de répondre individuellement, d’autant plus que, comme vous le savez sûrement, je ne souhaite pas discuter du fond des énigmes, ni des hypothèses de solutions que vous êtes chaque mois plusieurs à me soumettre.

 

Le vaisseau des Cévennes

La principale raison d’être de ce billet est que, au cours d’un voyage photographique de quelques jours à travers certaines régions de France, à la recherche de belles ruines médiévales, j’ai «découvert» le château de Portes, dans le Gard. Un fort bel édifice, c’est certain, mais qui m’a surtout amusé lorsque j’ai appris qu’il était surnommé «le vaisseau des Cévennes», à cause de l’éperon à angle très aigu, en forme de proue de navire, qui défend son donjon vers le sud-est.

 

Château de Portes

Je plaisante, bien sûr, en supputant qu’il pourrait s’agir de ce que Max a dénommé «la Nef encalminée», mais il est de fait que, voyage après voyage, je rencontre de plus en plus d’endroits que le parler local a assimilés à des navires immobiles, du fait de leur apparence… Max le savait-il ?

En cette fin d’année qui approche, permettez-moi de vous souhaiter un très joyeux Noël et une année 2017 heureuse et prospère. Je n’ose plus espérer que la Chouette soit trouvée en cette année qui vient, mais je vous dis quand même «bonne chasse, et que l’un(e) d’entre vous la trouve enfin !»

Amicalement,

Monglane

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Un nouveau NNP?

•2 juin 2015 • 20 commentaires

Ce « nouveau NNP » ne sera peut-être pas si nouveau pour tout le monde, mais lorsque j’en ai entendu parler, son aspect visuel m’a paru suffisamment frappant pour requérir une visite. Et puis, les mois sont passés (voire même quelques années) avant que l’occasion d’une excursion sur place ne se présente.

Aujourd’hui, je suis donc enfin en mesure de vous proposer ce petit reportage photographique qui, je l’espère, vous distraira, à défaut de vous offrir une piste nouvelle… car, avouons-le, il faut ici aussi (comme c’est bien souvent le cas) une sacrée imagination pour trouver cet endroit « noir »… !

En revanche, pour ce qui est de ressembler à un navire et d’être perché, Peyrelade ne craint personne… même pas Dabo!

Construit entre le XIIe et le XVIe siècles, cet extraordinaire château-fort mérite assurément le détour. Il y règne (particulièrement hors saison, quand vous avez la chance de l’avoir pour vous seul) une ambiance prenante et évocatrice qui vous replonge véritablement, avec un peu d’imagination (et les chouetteurs n’en manquent pas) dans l’ambiance de l’époque —autant qu’il est possible de l’appréhender en ce début de IIIe millénaire, évidemment.

(N’oubliez pas de cliquer sur les vignettes ci-dessous pour visualiser les photos dans une taille plus lisible)

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Vue d’une des "proues" (oui, il y en a plusieurs!)

Vue d’une des « proues » (oui, il y en a plusieurs!)

La basse-cour

La basse-cour

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

La seconde "proue", plus impressionnante encore que la première

La seconde « proue », plus impressionnante encore que la première

La seconde "proue", vue de l’autre côté

La seconde « proue », vue de l’autre côté

Fin de la visite...

Fin de la visite…

La Chouette est sauvée —provisoirement

•4 juin 2014 • 4 commentaires

Dûment alerté par l’A2CO, dont tous les administrateurs, le Président Garp en tête, ont fait de l’excellent travail, le commissaire-priseur a semble-t-il renoncé à mettre la Chouette d’Or aux enchères pour le moment. Il a bien dû constater que le droit de Becker de la mettre en vente souffrait quelque contestation.

Pour autant, l’affaire n’est pas close, seule une décision de suspension a été prise, et ce qui n’est que suspendu peut être aisément réactivé. L’A2CO poursuit ses efforts afin de solidifier les premiers acquits. L’idéal serait, bien entendu, que la Chouette puisse entrer en possession de l’A2CO afin qu’une solution de gardiennage fiable, transparente et pérenne puisse être mise en place, au vu et au su de tous les chercheurs.

Becker, toute honte bue…

•2 juin 2014 • 24 commentaires

J’apprends que Michel Becker, certes créateur de la statuette de la Chouette d’Or, mais qui n’en est aujourd’hui, juridiquement, que le gardien matériel dans l’attente du couronnement d’un gagnant, a décidé, au mépris des principes les plus élémentaires du droit (je ne parle même pas de l’honnêteté ni de la décence), de mettre la Chouette en vente, mercantilisant sans remords ce qui est encore, pour des milliers de chercheurs, le symbole sans prix d’une grande et merveilleuse aventure.

Faut-il qu’il soit au fond du trou, pour en venir à commettre pareille ignominie…! J’espère en tous cas que cette trahison ultime, dans tous les sens du terme, édifiera une fois pour toutes les chouetteurs sur le compte de cet individu en lequel certains (et même des ex-administrateurs de l’A2CO!) avaient encore confiance. Maintenant, tout le monde sait à quoi s’en tenir sur le compte de celui qui, naguère, pouvait encore faire illusion.

Pour ma part, je croyais, je dois l’avouer, qu’il lui resterait quand même, jusqu’au bout, une once de décence, une once de respect pour le jeu de la Chouette d’Or et pour toutes celles et tous ceux qui s’y consacrent, certains depuis de nombreuses années… Pourtant, même de cela, il s’en est dépouillé. Celui qui, en 2003, fut à l’occasion de la ChouetteFête des Dix Ans, le « roi de Bourges », ce roi-là est bien nu aujourd’hui : il ne possède même plus les quelques lambeaux d’honneur qui lui restaient.

J’espère que l’A2CO, sous la conduite de son Président Garp, que je connais et en qui j’ai toute confiance, pourra trouver les ressources nécessaires pour s’opposer à cette vente, normalement prévue pour se dérouler à Drouot le 20 juin. Je l’assure d’ores et déjà de mon entier soutien. Ensuite, bien entendu, il sera possible à l’association d’assigner Becker en justice pour faire reconnaître sa responsabilité dans une mise en vente à laquelle il n’avait pas le droit de procéder, mais l’affaire ne pourra alors se solder qu’en termes de dommages-intérêts ; l’objet unique, lui, sera enfui entre les mains du plus nanti, et non dans celles du plus méritant, auquel il était destiné.

La chasse qui allait tout changer

•25 avril 2014 • 7 commentaires

À l’occasion d’une énième balade photographique en Drôme provençale, mon regard balayant la carte s’arrêta l’autre jour sur un nom aux consonances familières : Buis-les-Baronnies. Il ne me fallut guère de temps pour associer cette charmante bourgade un peu endormie à la Rose des Vents, fameuse chasse au trésor estivale organisée par France 3 dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog.

En effet, je me souvenais très bien qu’une année, le concepteur des énigmes avait caché la contremarque dans la région de Buis —ou plutôt, du Buis, comme l’on dit localement. Je n’avais pas participé à cette édition, ce qui la plaçait approximativement dans ma mémoire au début des années 2000, période à laquelle je m’étais volontairement mis en congé des chasses, mais j’en gardais néanmoins un souvenir très précis, pour la raison que j’indiquerai tout à l’heure.

Je fis quelques recherches et, même si la 3G (pour ne rien dire de la 4 !) n’est pas omniprésente dans la région, mon téléphone me confirma bientôt que c’était bien lors de l’édition 2000 que la Rose avait été cachée par ici. Le dernier repère, une bergerie en ruines dénommée le Jas du Blanc, était quelque part dans les collines environnant le Buis. Une fois sur place, je passai deux bonnes heures à tenter de localiser ce fameux Jas, sans résultat. Il faut dire qu’on était lundi de Pâques, et que les rares passants étaient tous des touristes, les environs étant fort populaires auprès des randonneurs et autres pratiquants de l’escalade.

Enfin, je mis la main sur un vieux Drômois à qui ce « Jas du Blanc » disait quelque chose, sans qu’il fût bien capable de me donner des instructions précises pour m’y rendre. C’était, croyait-il, quelque part sur le « sentier botanique » débutant derrière le hameau de Chorane, qui était « par là-bas, vous ne pouvez pas vous tromper ! » (air connu). En vérité, j’eus de la chance : la mémoire de mon vieil autochtone était assez bonne, et en effet le panneau mentionnant « Chorane » existait bel et bien, même si sa petite taille eut permis de le rater. Mais je ne le ratai pas et, ayant roulé un moment avec prudence sur une étroite piste en terre battue, j’arrivai au pied du fameux sentier botanique.

Mon indic m’avait assuré que la seule manière de tomber sur le Jas sans coup férir était de suivre le sentier dans le sens préconisé. Mais il lui semblait que la bergerie était plutôt dans la seconde partie de la boucle, ce qui promettait près de deux heures de marche pour l’atteindre. « Bien sûr, avait-il fait en hésitant, vous pourriez prendre le sentier dans l’autre sens… Mais là, alors, pour vous dire où c’est… Non, vous ne le trouverez jamais de cette façon. »

En vérité, le Jas était fort bien indiqué, et je décidai de prendre le plus court chemin. Après tout, si les chercheurs de la Rose des Vents y étaient, en leur temps, parvenus, il n’y avait pas de raison, n’est-ce pas…? Bien plus que la tâche, en réalité, ce fut la pente qui s’avéra ardue. Il me fallut pas loin de 45 minutes, avec plusieurs pauses-respiration, pour enfin atteindre le Jas, et il me faudra 20 minutes pour en redescendre (il est vrai, en flânant en chemin pour faire des photos). Heureusement que le temps était un peu couvert, j’imagine bien ce que ça aurait pu être sous un soleil de plomb. La balade était belle, néanmoins, et je n’ai pas rencontré âme qui vive ; j’étais seul, en ce lundi de Pâques, dans les hautes collines escarpées des Baronnies.

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Le Jas tel qu’il apparaît lorsqu’on arrive par le sentier

Arrivé sur place, j’ai été surpris par le peu d’espace disponible. Non seulement la bergerie est complètement effondrée, à part le pan de mur du fond, mais la végétation est omniprésente et laisse très peu de place pour faire le tour de la ruine. Je ne sais pas si c’était déjà ainsi il y a 14 ans, mais compte tenu du volume de gravats éparpillés tout autour, je conçois aisément que la contremarque ait pu être exhumée d’un coup de pelle mais non repérée sur le coup, sa couleur se confondant aisément avec les débris et l’environnement, l’éclairement n’étant au surplus pas optimal, loin s’en faut.

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Quant à repérer précisément une cache décrite comme située « au milieu des ouvertures » (il y en a trois dans le mur restant debout, donc en plus l’indication était équivoque), « perpendiculairement à 1,90 mètres », ça ne devait rien avoir d’évident, mais l’Homme en Noir n’était pas réputé pour avoir la précision d’un Max Valentin.

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Le choix du spot, loin d’être idéal pour cacher une contremarque, a probablement contribué aux errements de la première équipe arrivée sur les lieux, celle d’Exocet, aux interrogations qui ont suivi, et aux appels téléphoniques passés par un chercheur sur le téléphone portable personnel de l’Homme en Noir. C’est en cela que j’écrivais en titre que cette chasse est celle qui a tout changé : pour la première fois, certains pouvaient évoquer ouvertement une collusion, ou au minimum des rapports d’une nature ambiguë, entre l’organisateur et certains chercheurs. Appeler le créateur des énigmes sur son portable, était-ce là une procédure accessible à tous les chasseurs ? Évidemment pas. Discuter avec l’Homme en Noir de l’« absence » apparente de la contremarque, ressentir l’inquiétude et l’incrédulité de cet organisateur face à cette annonce, donc obtenir la confirmation explicite qu’on était bien à l’endroit où aurait dû se trouver la contremarque… Du coup, reprendre les recherches, et enfin retrouver la Rose des Vents parmi les déblais rejetés un moment plus tôt par les pelles des premiers creuseurs (impensable, défiant le bon sens, et pourtant véridique !), voilà toutes choses que seuls certains privilégiés, tantôt chercheurs, tantôt organisateurs eux-mêmes, pouvaient se permettre, et c’est cette différence de traitement, de recours, de possibilités, avec le commun des chercheurs, qui conduisit le jury de France 3 à s’interroger sur l’opportunité de décerner cette année-là le lot en espèces sonnantes et trébuchantes.

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L’arrière du Jas

Je fus alors consulté par la chaîne, en ma double qualité de juriste et de chercheur, certes reconnu, mais n’ayant pas participé à cette édition 2000 du jeu. Consulté seul ou, j’imagine, au même titre que d’autres, je ne l’ai jamais demandé, et j’ai à l’époque rendu l’avis écrit et motivé qui m’avait été demandé.

Quelques jours plus tard, le jury rendait son verdict, et renonçait à attribuer le lot, décidant de le reporter sur l’édition 2001.

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Le genre de terrain dans lequel la contremarque avait été enterrée

Cette décision avait été prise à contrecœur, non pas parce qu’elle était intrinsèquement mauvaise (un quasi-consensus existait sur le point de dire qu’elle était la seule possible face au doute qui avait été généré par cette étrange fin de jeu), mais parce qu’elle obligeait la chaîne à « remettre le couvert » l’année suivante. Or, certains s’interrogeaient sur le message que véhiculait un jeu d’argent destiné au grand public où « c’est toujours les mêmes qui gagnent » —allusion à l’éclatante série de victoires de l’équipe d’Exocet, victoires fondées tout autant sur leurs mérites personnels que sur leur organisation, et victoires, je m’empresse de le dire, irréprochables à mon avis… mais dont le caractère récurrent en « interpellait » (pour reprendre un mot à la mode) certains au sein de la chaîne. La télévision voit parfois les choses avec une mesquinerie (pour ne pas dire une bêtise) étonnante : au tennis aussi ce sont souvent les mêmes qui gagnent, et ce n’est pas pour autant qu’on interrompt les retransmissions des tournois !

On remit donc ça en 2001, parce qu’il le fallait bien, avec cette fois un final sur le site magnifique du château de Linchamps, dans les Ardennes. Une nouvelle fois, l’équipe d’Exocet triompha, ce qui enfonça le dernier clou dans le cercueil déjà scellé depuis l’année précédente de la Rose des Vents. L’émission La carte aux trésors, elle, allait continuer jusqu’en 2009, mais la chasse au trésor grand public qui lui avait été associée, et qui avait édifié un pan notable de l’histoire des chasses ludiques en France, ne survécut pas au désastre du Jas du Blanc.

Et pour finir, une pensée, comme chaque année, pour notre ami Max…

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Les oliviers des Baronnies, qui ont vu passer les chasseurs de trésor…

Cordialement,

Monglane

Vingt ans après

•24 avril 2013 • 15 commentaires

Nous éprouvons tous une tendance naturelle à nous rappeler les saisons passées plus belles qu’elles ne le furent. Notre jeunesse enfuie y est pour quelque chose. Le progrès technique a aboli les distances, au moins à l’échelle de la planète : jadis, quand on partait pour une destination lointaine, on n’était jamais vraiment sûr d’en revenir ; aujourd’hui, on sait qu’un coup d’aile nous ramènera chez nous en quelques heures. Voyager dans l’espace est devenu trivial, mais le voyage dans le temps, lui, demeure une grande porte close, probablement pour toujours.

Cette irréversibilité du temps qui s’écoule donne de la valeur aux choses comme aux souvenirs, que l’échéance des nombres ronds a tendance à convoquer plus souvent qu’à leur tour. C’est ainsi que nous célébrons aujourd’hui le vingtième anniversaire de la Chouette d’Or, anniversaire qu’il est commode de fixer, non pas à la date de sortie du livre, que personne ne connaît exactement et qui varia de toutes façons selon les régions et les libraires, mais à cette fameuse nuit où Max Valentin enterra la célèbre contremarque dans la cache souterraine dont personne (sauf lui-même, une fois) ne l’a plus fait sortir depuis.

Et bien entendu, cette même nuit que nous nous apprêtons à vivre, comment pourrions-nous oublier qu’elle fut également fatale à notre ami Max il y a maintenant quatre ans ?

Il y a 20 ans, le monde des grandes chasses au trésor n’existait pour ainsi dire pas, en tous cas en France. Il y a 10 ans, il était devenu florissant (largement grâce à la Chouette et aux autres créations de Max), mais aussi parcouru de divergences, de solides inimitiés, de jalousies à connotations commerciales, de rancœurs, de divisions, de querelles de clocher. Aujourd’hui, il n’existe de nouveau plus : hormis quelques initiatives de peu d’ampleur et de courte durée surgissant çà et là, les grandes chasses nationales et internationales sont mortes, faute de sponsors, éloignés par quelques épisodes peu savoureux et peu professionnels où s’illustrèrent le copinage et la tricherie.

Reste la Chouette, restent les chouetteurs. Sur elle aussi, on a tenté de faire planer certains soupçons, par envie, jalousie ou pure volonté de nuire, mais en définitive aucun de ces soupçons ne s’est jamais confirmé. Autant Max (paix à son âme !) s’était montré trop confiant envers certains dans la phase de gestion opérationnelle de son jeu, une fois celui-ci lancé, autant il s’était entouré de toutes les précautions nécessaires durant la phase de préparation, de telle sorte que rien n’a filtré, et que ce qui devait filtrer était conçu dès le départ pour être, en pratique, inutilisable pour quiconque essaierait de s’en servir pour localiser la contremarque par des moyens déloyaux, si jamais il devait y en avoir, ce qui, après tout, n’est pas avéré.

La Chouette, qui détient depuis déjà quelque temps le record de longévité pour une chasse au trésor ludique, reste donc seule, virgo intacta dans son écrin de glaise, traversant les décennies, à cheval sur deux siècles et deux millénaires. Plus le temps passe, plus elle prend des airs de Graal. Nombreux sont ceux qui la cherchaient à l’origine, et qui ont depuis abandonné ; il en reste quelques-uns. D’autres sont venus, des jeunes qui ne savaient pas encore lire quand le livre a été publié, et l’on attend en frémissant à la fois d’impatience et d’angoisse le moment où arrivera le premier chouetteur qui n’était pas né lorsqu’elle fut enterrée… Globalement, les effectifs ont très largement diminué, pour l’essentiel du fait de l’absence totale de communication autour du jeu, conséquence logique de l’absence de « meneur de jeu ». Néanmoins, les fidèles sont toujours là, parfois depuis la première heure, et la Chouette fait maintenant tellement partie de leur vie que l’on se demande parfois ce qu’ils redoutent le plus : de ne jamais la trouver, ou au contraire qu’elle soit trouvée, créant dans leur existence un « manque » qu’il faudra du temps pour combler ?

Au-delà de ces inquiétudes et de ces espoirs, nous devons surtout nous rappeler que ce jeu magnifique a donné à des dizaines de milliers de personnes le goût de la recherche, de la lecture, de la culture, la motivation nécessaire pour aborder des domaines historiques, géographiques, scientifiques qui les auraient définitivement rebutés en toute autre circonstance, et qu’ainsi la Chouette a constitué une extraordinaire « machine à apprendre », permettant de constater, chemin faisant, que se cultiver n’est pas forcément ennuyeux et pénible, mais qu’on peut au contraire y trouver du plaisir.

Dans ce merveilleux voyage culturel que la Chouette nous a permis d’entreprendre, infiniment nombreux sont ceux qui n’arriveront jamais à destination, puisqu’un seul, ou un petit groupe, découvrira un jour le trésor… si toutefois cela arrive. Mais tous devront se rappeler que, comme le disait, je crois, Steve Jobs, The journey is the reward : c’est le voyage en lui-même qui est notre récompense, pas le fait d’arriver au bout. Tel est le legs que Max nous fait, et celui-là, il appartient sans discrimination à tous les chouetteurs.

Légitime revendication (non mais, c’est vrai, et puis quoi, alors ?)

•14 décembre 2012 • 12 commentaires

J’ai déjà souvent écrit, sur ce blog et ailleurs, que j’étais honoré que tant de chercheurs de la Chouette me soumettent leurs hypothèses de solution ou me proposent de m’associer à leurs recherches —même si je décline toujours.

Parfois, en plus, l’occasion m’est donnée de m’amuser un peu, tout en me demandant comment diable peuvent bien fonctionner certains êtres humains, mes prochains sinon mes frères, tant leur manière d’être et de raisonner (si l’on peut dire) m’est étrangère.

C’est encore arrivé cette semaine. J’ai reçu un mail d’un chouetteur me déclarant « Il y a longtemps, plus d’un an, que j’ai la solution de la chasse. Cette solution est protégée par un dépôt à l’INPI. » Jusque-là, guère à redire, certains le font, même si nous savons en général à quoi nous en tenir sur le compte de ces (apparemment nombreux) « chercheurs » qui « ont la solution depuis longtemps », mais n’ont cependant pas la contremarque. Celui-là, cependant, allait plus loin.

En effet, après avoir mis en avant combien il avait été « patient jusqu’à ce jour » (quelle indulgence, en effet), il était « à la veille de publier sa solution dans la presse » (je vois déjà les journalistes se bousculer) et entendait à présent « faire valoir sa légitime revendication » (ah ? laquelle, au juste ?).

Hélas ! Il ne parvenait pas à joindre Michel Becker auquel il entendait bien « adresser une demande authentique » (on n’en doute pas), et venait me demander conseil.

Je l’ai remercié pour son message et lui ai fait remarquer que, ce jeu étant une chasse au trésor, il n’y avait point de « légitime revendication » sans production de la contremarque. J’ajoutai que je trouvais un peu étrange de se lancer dans une chasse au trésor avec pour seul objectif de coucher ses hypothèses sur le papier, puis de les enfermer dans une enveloppe elle-même enfermée à l’INPI, alors que le but normal du jeu est malgré tout d’aller quelque part dans la nature donner quelques coups de pelle…!

Eh bien, que croyez-vous qu’il advint ? Au lieu d’admettre que mon point de vue était, somme toute, assez raisonnable, mon correspondant (éphémère) m’a répliqué tout de go que ma réponse était ridicule (ah…) et qu’il la mettait illico au panier !

Je me demande vraiment sur quelle île déserte, voire sur quelle lointaine planète, vit quelqu’un comme ça ? Je ne peux m’empêcher d’avoir en pensant à lui un sourire à la fois incrédule et un peu attristé, car je ne doute pas, hélas ! que ce chercheur soit de bonne foi…