Plaidoyer pour Ronchamp

•5 décembre 2019 • 22 commentaires

Tout le monde sait que je ne cherche plus la Chouette depuis des années, et que je n’ai aucune intention de m’y remettre, sous quelque prétexte que ce soit. Cela n’a pas changé.

Cependant, je ne peux pas empêcher mon cerveau de cogiter, ni mes yeux de voir, ni mes lectures de coïncider de temps à autre (rarement!) avec tel ou tel thème présent dans les énigmes de cette merveilleuse chasse au trésor, dont le mystère demeure à ce jour tout aussi impénétrable qu’il y a un quart de siècle.

C’est ainsi que, l’année dernière, je compris enfin, par quelque étrange illumination spontanée (l’espace d’un instant, je me suis cru dans la peau de Bernadette Soubirous…), combien sont les «eux» de la 520, et surtout, combien d’intervalles il y a entre eux. Cette révélation me fut faite en attendant à un feu rouge, alors que je devais par ailleurs avoir l’esprit parfaitement vide de toute pensée vaguement cohérente… Quand on nous affirme que nous n’utilisons consciemment qu’une faible partie des ressources de notre cerveau, il y a des moments où je suis tout prêt à le croire.

Bref, clôturons ce chapitre, et revenons à nos moutons. Je lisais l’autre jour un bouquin sur les Trésors de l’UNESCO en France, quand la page consacrée à l’œuvre de Le Corbusier attira mon attention : une jolie photo de la chapelle Notre–Dame de Ronchamp y figurait, avec ses murs chaulés et son toit de béton brut bien sombre, dont l’un des pans au moins ressemble de manière frappante à une coque de voilier, particulièrement pour le voileux indécrottable que je suis.

L’on sait bien que, concernant les concepts de Navire Noir Perché (NNP) et de Nef encalminée, les théories abondent. Parmi celles qui considèrent que Nef et NNP sont des entités tangibles qu’il convient d’identifier par le décryptage des énigmes, il en existe qui postulent une unicité entre lesdits concepts. Autrement dit, l’objet tangible que Max appelle NNP, et celui qu’il appelle Nef encalminée, sont, sur le terrain, le même. Le fait que cet objet tangible unique puisse, par ailleurs, symboliser deux choses différentes, ou servir à deux choses différentes (ou davantage !), ne m’intéresse pas ici. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir quel pourrait être cet objet tangible, qui pourrait à la fois être qualifié de «Navire Noir Perché» et appelé aussi «Nef encalminée».

Prenons d’abord le NNP : l’objet que nous recherchons doit être un navire, ou y ressembler ; il doit être «noir» —ou, a minima, bien sombre, par contraste avec les éléments qui l’entourent sur le terrain ; et situé en hauteur, pour mériter son qualificatif de «perché». Point n’est besoin qu’il soit bien haut : il suffit qu’il soit «au-dessus» des autres éléments qui sont à proximité immédiate.

Prenons ensuite la Nef : puisqu’une nef, c’est un navire, on revient à l’assimilation évoquée ci-dessus : l’objet en question doit évoquer un navire. Toutefois, le mot «nef» possède une autre acception, architecturale celle-là : la nef d’une église, c’est-à-dire la partie comprise entre la façade (ou le narthex s’il en existe un) et la croisée du transept. Il serait donc amusant et futé que l’objet tangible que nous cherchons puisse aussi évoquer ce second sens, même si cela n’est pas a priori une obligation.

Regardons ensuite la chapelle de Ronchamp, vue sous cet angle ultra–classique (et merci à la fondation Le Corbusier pour cette image) :

ronchamp

Chapelle Notre–Dame de Ronchamp, par Le Corbusier (photo fondation Le Corbusier)

La coque de navire est bien là, particulièrement flagrante dans la partie droite du toit. La sombreur, j’oserais presque dire «la noirceur» est également incontestable, et renforcée par le contraste avec les murs blancs. Et quant au fait que ce «navire noir» putatif soit perché, pas de contestation non plus, c’est physiquement évident, s’agissant du toit du bâtiment.

La nef, ensuite : non seulement l’acception de «navire» saute aux yeux, comme on l’a vu, mais encore ce toit-là est-il celui d’une chapelle, dont il recouvre donc… la nef. C’est le genre de chose qu’un concepteur d’énigmes est fondé à trouver «joli», particulièrement dans les années 1990, époque où les chasses au trésor ludiques étaient un sport encore largement inconnu en France. Quant au fait, enfin, que cette nef soit «encalminée», son statut d’immeuble répond sans nul doute à cette exigence.

Si l’on part du principe que la Nef et le NNP sont une seule et même chose (et je conçois très bien qu’on pense différemment, toutes les hypothèses sont permises!), et si l’on admet que cette «chose» est tangible et doit être localisée sur la carte (bis repetita), alors Notre–Dame de Ronchamp, non seulement répond parfaitement au «portrait–robot» (truc évoquant un navire, noir ou noirâtre, placé en hauteur, etc.), mais surtout offre un avantage dont aucun autre édifice religieux, à ma connaissance, ne peut se targuer : cette petite chapelle de rien du tout est la seule, sur la carte de France 989 (la seule que les chercheurs sont supposés utiliser à ce stade du jeu), à disposer de son propre symbole individuel !

Incroyable, mais vrai !

Pensez donc ! La cathédrale de Strasbourg ne figure pas sur la 989, pas plus que la cathédrale de Chartres, ni celle de Reims, ni Notre–Dame de la Garde à Marseille, ni même l’emblématique Notre–Dame de Paris, sur le parvis de laquelle figure pourtant le «kilomètre zéro», point d’origine de toutes les routes de France… Mais Ronchamp, humble bourg minier au pied des Vosges, à mi–chemin entre Belfort et Luxeuil, y figure bien, lui, et surtout la petite chapelle de Ronchamp y dispose de son symbole bien à elle, honneur unique et spécificité de taille (si j’ose dire) qu’un auteur d’énigmes aurait eu bien du mal à ignorer…

Je soulignerai par contraste que, si Dabo est bien mentionné sur la carte 989, la chapelle en haut du rocher de grès rouge (qui n’a jamais été noir, sauf par une nuit sans Lune) ne l’est pas…

Bien entendu, je ne sais pas si la chapelle de Ronchamp est le NNP, ou la Nef, ou les deux, ou aucun des deux. Je sais seulement que, si j’écrivais des énigmes et que je sois à la recherche d’un lieu remarquable situé dans ce coin de France, lieu qui soit éventuellement commode pour y faire passer un ou plusieurs traits dans la suite du jeu, eh bien la petite chapelle de Le Corbusier aurait fait une très jolie candidate : peu connue du grand public à l’époque, on ne l’identifie évidemment pas lorsque le décryptage primaire de la 600 nous fournit l’entité NNP ; pourtant, dès la 500, les outils de l’architecte nous mettent sur la piste… et je ne vous cache pas que le trait qu’à l’époque j’avais tiré sur ma 989 à la fin de la 560, passait bien par Bourges et par la chapelle Notre–Dame de Ronchamp.

Serait-ce la nef encalminée ?

•6 décembre 2016 • 3 commentaires

Bonjour à toutes et à tous, et avant tout merci à tous ceux qui m’écrivent et auxquels je n’ai pas toujours le loisir de répondre individuellement, d’autant plus que, comme vous le savez sûrement, je ne souhaite pas discuter du fond des énigmes, ni des hypothèses de solutions que vous êtes chaque mois plusieurs à me soumettre.

 

Le vaisseau des Cévennes

La principale raison d’être de ce billet est que, au cours d’un voyage photographique de quelques jours à travers certaines régions de France, à la recherche de belles ruines médiévales, j’ai «découvert» le château de Portes, dans le Gard. Un fort bel édifice, c’est certain, mais qui m’a surtout amusé lorsque j’ai appris qu’il était surnommé «le vaisseau des Cévennes», à cause de l’éperon à angle très aigu, en forme de proue de navire, qui défend son donjon vers le sud-est.

 

Château de Portes

Je plaisante, bien sûr, en supputant qu’il pourrait s’agir de ce que Max a dénommé «la Nef encalminée», mais il est de fait que, voyage après voyage, je rencontre de plus en plus d’endroits que le parler local a assimilés à des navires immobiles, du fait de leur apparence… Max le savait-il ?

En cette fin d’année qui approche, permettez-moi de vous souhaiter un très joyeux Noël et une année 2017 heureuse et prospère. Je n’ose plus espérer que la Chouette soit trouvée en cette année qui vient, mais je vous dis quand même «bonne chasse, et que l’un(e) d’entre vous la trouve enfin !»

Amicalement,

Monglane

Un nouveau NNP?

•2 juin 2015 • 20 commentaires

Ce « nouveau NNP » ne sera peut-être pas si nouveau pour tout le monde, mais lorsque j’en ai entendu parler, son aspect visuel m’a paru suffisamment frappant pour requérir une visite. Et puis, les mois sont passés (voire même quelques années) avant que l’occasion d’une excursion sur place ne se présente.

Aujourd’hui, je suis donc enfin en mesure de vous proposer ce petit reportage photographique qui, je l’espère, vous distraira, à défaut de vous offrir une piste nouvelle… car, avouons-le, il faut ici aussi (comme c’est bien souvent le cas) une sacrée imagination pour trouver cet endroit « noir »… !

En revanche, pour ce qui est de ressembler à un navire et d’être perché, Peyrelade ne craint personne… même pas Dabo!

Construit entre le XIIe et le XVIe siècles, cet extraordinaire château-fort mérite assurément le détour. Il y règne (particulièrement hors saison, quand vous avez la chance de l’avoir pour vous seul) une ambiance prenante et évocatrice qui vous replonge véritablement, avec un peu d’imagination (et les chouetteurs n’en manquent pas) dans l’ambiance de l’époque —autant qu’il est possible de l’appréhender en ce début de IIIe millénaire, évidemment.

(N’oubliez pas de cliquer sur les vignettes ci-dessous pour visualiser les photos dans une taille plus lisible)

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Le château-fort de Peyrelade vu côté ouest

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Au pied de l’éperon de Peyrelade

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Le château-fort de Peyrelade vu côté est: toujours pas noir, mais qu’est-ce qu’il est perché!

Vue d’une des "proues" (oui, il y en a plusieurs!)

Vue d’une des « proues » (oui, il y en a plusieurs!)

La basse-cour

La basse-cour

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

Panorama des environs, vers le Ponant (Rivière-sur-Tarn)

La seconde "proue", plus impressionnante encore que la première

La seconde « proue », plus impressionnante encore que la première

La seconde "proue", vue de l’autre côté

La seconde « proue », vue de l’autre côté

Fin de la visite...

Fin de la visite…

La Chouette est sauvée —provisoirement

•4 juin 2014 • 4 commentaires

Dûment alerté par l’A2CO, dont tous les administrateurs, le Président Garp en tête, ont fait de l’excellent travail, le commissaire-priseur a semble-t-il renoncé à mettre la Chouette d’Or aux enchères pour le moment. Il a bien dû constater que le droit de Becker de la mettre en vente souffrait quelque contestation.

Pour autant, l’affaire n’est pas close, seule une décision de suspension a été prise, et ce qui n’est que suspendu peut être aisément réactivé. L’A2CO poursuit ses efforts afin de solidifier les premiers acquits. L’idéal serait, bien entendu, que la Chouette puisse entrer en possession de l’A2CO afin qu’une solution de gardiennage fiable, transparente et pérenne puisse être mise en place, au vu et au su de tous les chercheurs.

Becker, toute honte bue…

•2 juin 2014 • 24 commentaires

J’apprends que Michel Becker, certes créateur de la statuette de la Chouette d’Or, mais qui n’en est aujourd’hui, juridiquement, que le gardien matériel dans l’attente du couronnement d’un gagnant, a décidé, au mépris des principes les plus élémentaires du droit (je ne parle même pas de l’honnêteté ni de la décence), de mettre la Chouette en vente, mercantilisant sans remords ce qui est encore, pour des milliers de chercheurs, le symbole sans prix d’une grande et merveilleuse aventure.

Faut-il qu’il soit au fond du trou, pour en venir à commettre pareille ignominie…! J’espère en tous cas que cette trahison ultime, dans tous les sens du terme, édifiera une fois pour toutes les chouetteurs sur le compte de cet individu en lequel certains (et même des ex-administrateurs de l’A2CO!) avaient encore confiance. Maintenant, tout le monde sait à quoi s’en tenir sur le compte de celui qui, naguère, pouvait encore faire illusion.

Pour ma part, je croyais, je dois l’avouer, qu’il lui resterait quand même, jusqu’au bout, une once de décence, une once de respect pour le jeu de la Chouette d’Or et pour toutes celles et tous ceux qui s’y consacrent, certains depuis de nombreuses années… Pourtant, même de cela, il s’en est dépouillé. Celui qui, en 2003, fut à l’occasion de la ChouetteFête des Dix Ans, le « roi de Bourges », ce roi-là est bien nu aujourd’hui : il ne possède même plus les quelques lambeaux d’honneur qui lui restaient.

J’espère que l’A2CO, sous la conduite de son Président Garp, que je connais et en qui j’ai toute confiance, pourra trouver les ressources nécessaires pour s’opposer à cette vente, normalement prévue pour se dérouler à Drouot le 20 juin. Je l’assure d’ores et déjà de mon entier soutien. Ensuite, bien entendu, il sera possible à l’association d’assigner Becker en justice pour faire reconnaître sa responsabilité dans une mise en vente à laquelle il n’avait pas le droit de procéder, mais l’affaire ne pourra alors se solder qu’en termes de dommages-intérêts ; l’objet unique, lui, sera enfui entre les mains du plus nanti, et non dans celles du plus méritant, auquel il était destiné.

La chasse qui allait tout changer

•25 avril 2014 • 7 commentaires

À l’occasion d’une énième balade photographique en Drôme provençale, mon regard balayant la carte s’arrêta l’autre jour sur un nom aux consonances familières : Buis-les-Baronnies. Il ne me fallut guère de temps pour associer cette charmante bourgade un peu endormie à la Rose des Vents, fameuse chasse au trésor estivale organisée par France 3 dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog.

En effet, je me souvenais très bien qu’une année, le concepteur des énigmes avait caché la contremarque dans la région de Buis —ou plutôt, du Buis, comme l’on dit localement. Je n’avais pas participé à cette édition, ce qui la plaçait approximativement dans ma mémoire au début des années 2000, période à laquelle je m’étais volontairement mis en congé des chasses, mais j’en gardais néanmoins un souvenir très précis, pour la raison que j’indiquerai tout à l’heure.

Je fis quelques recherches et, même si la 3G (pour ne rien dire de la 4 !) n’est pas omniprésente dans la région, mon téléphone me confirma bientôt que c’était bien lors de l’édition 2000 que la Rose avait été cachée par ici. Le dernier repère, une bergerie en ruines dénommée le Jas du Blanc, était quelque part dans les collines environnant le Buis. Une fois sur place, je passai deux bonnes heures à tenter de localiser ce fameux Jas, sans résultat. Il faut dire qu’on était lundi de Pâques, et que les rares passants étaient tous des touristes, les environs étant fort populaires auprès des randonneurs et autres pratiquants de l’escalade.

Enfin, je mis la main sur un vieux Drômois à qui ce « Jas du Blanc » disait quelque chose, sans qu’il fût bien capable de me donner des instructions précises pour m’y rendre. C’était, croyait-il, quelque part sur le « sentier botanique » débutant derrière le hameau de Chorane, qui était « par là-bas, vous ne pouvez pas vous tromper ! » (air connu). En vérité, j’eus de la chance : la mémoire de mon vieil autochtone était assez bonne, et en effet le panneau mentionnant « Chorane » existait bel et bien, même si sa petite taille eut permis de le rater. Mais je ne le ratai pas et, ayant roulé un moment avec prudence sur une étroite piste en terre battue, j’arrivai au pied du fameux sentier botanique.

Mon indic m’avait assuré que la seule manière de tomber sur le Jas sans coup férir était de suivre le sentier dans le sens préconisé. Mais il lui semblait que la bergerie était plutôt dans la seconde partie de la boucle, ce qui promettait près de deux heures de marche pour l’atteindre. « Bien sûr, avait-il fait en hésitant, vous pourriez prendre le sentier dans l’autre sens… Mais là, alors, pour vous dire où c’est… Non, vous ne le trouverez jamais de cette façon. »

En vérité, le Jas était fort bien indiqué, et je décidai de prendre le plus court chemin. Après tout, si les chercheurs de la Rose des Vents y étaient, en leur temps, parvenus, il n’y avait pas de raison, n’est-ce pas…? Bien plus que la tâche, en réalité, ce fut la pente qui s’avéra ardue. Il me fallut pas loin de 45 minutes, avec plusieurs pauses-respiration, pour enfin atteindre le Jas, et il me faudra 20 minutes pour en redescendre (il est vrai, en flânant en chemin pour faire des photos). Heureusement que le temps était un peu couvert, j’imagine bien ce que ça aurait pu être sous un soleil de plomb. La balade était belle, néanmoins, et je n’ai pas rencontré âme qui vive ; j’étais seul, en ce lundi de Pâques, dans les hautes collines escarpées des Baronnies.

Image

Le Jas tel qu’il apparaît lorsqu’on arrive par le sentier

Arrivé sur place, j’ai été surpris par le peu d’espace disponible. Non seulement la bergerie est complètement effondrée, à part le pan de mur du fond, mais la végétation est omniprésente et laisse très peu de place pour faire le tour de la ruine. Je ne sais pas si c’était déjà ainsi il y a 14 ans, mais compte tenu du volume de gravats éparpillés tout autour, je conçois aisément que la contremarque ait pu être exhumée d’un coup de pelle mais non repérée sur le coup, sa couleur se confondant aisément avec les débris et l’environnement, l’éclairement n’étant au surplus pas optimal, loin s’en faut.

Image

Quant à repérer précisément une cache décrite comme située « au milieu des ouvertures » (il y en a trois dans le mur restant debout, donc en plus l’indication était équivoque), « perpendiculairement à 1,90 mètres », ça ne devait rien avoir d’évident, mais l’Homme en Noir n’était pas réputé pour avoir la précision d’un Max Valentin.

Image

Le choix du spot, loin d’être idéal pour cacher une contremarque, a probablement contribué aux errements de la première équipe arrivée sur les lieux, celle d’Exocet, aux interrogations qui ont suivi, et aux appels téléphoniques passés par un chercheur sur le téléphone portable personnel de l’Homme en Noir. C’est en cela que j’écrivais en titre que cette chasse est celle qui a tout changé : pour la première fois, certains pouvaient évoquer ouvertement une collusion, ou au minimum des rapports d’une nature ambiguë, entre l’organisateur et certains chercheurs. Appeler le créateur des énigmes sur son portable, était-ce là une procédure accessible à tous les chasseurs ? Évidemment pas. Discuter avec l’Homme en Noir de l’« absence » apparente de la contremarque, ressentir l’inquiétude et l’incrédulité de cet organisateur face à cette annonce, donc obtenir la confirmation explicite qu’on était bien à l’endroit où aurait dû se trouver la contremarque… Du coup, reprendre les recherches, et enfin retrouver la Rose des Vents parmi les déblais rejetés un moment plus tôt par les pelles des premiers creuseurs (impensable, défiant le bon sens, et pourtant véridique !), voilà toutes choses que seuls certains privilégiés, tantôt chercheurs, tantôt organisateurs eux-mêmes, pouvaient se permettre, et c’est cette différence de traitement, de recours, de possibilités, avec le commun des chercheurs, qui conduisit le jury de France 3 à s’interroger sur l’opportunité de décerner cette année-là le lot en espèces sonnantes et trébuchantes.

Image

L’arrière du Jas

Je fus alors consulté par la chaîne, en ma double qualité de juriste et de chercheur, certes reconnu, mais n’ayant pas participé à cette édition 2000 du jeu. Consulté seul ou, j’imagine, au même titre que d’autres, je ne l’ai jamais demandé, et j’ai à l’époque rendu l’avis écrit et motivé qui m’avait été demandé.

Quelques jours plus tard, le jury rendait son verdict, et renonçait à attribuer le lot, décidant de le reporter sur l’édition 2001.

Image

Le genre de terrain dans lequel la contremarque avait été enterrée

Cette décision avait été prise à contrecœur, non pas parce qu’elle était intrinsèquement mauvaise (un quasi-consensus existait sur le point de dire qu’elle était la seule possible face au doute qui avait été généré par cette étrange fin de jeu), mais parce qu’elle obligeait la chaîne à « remettre le couvert » l’année suivante. Or, certains s’interrogeaient sur le message que véhiculait un jeu d’argent destiné au grand public où « c’est toujours les mêmes qui gagnent » —allusion à l’éclatante série de victoires de l’équipe d’Exocet, victoires fondées tout autant sur leurs mérites personnels que sur leur organisation, et victoires, je m’empresse de le dire, irréprochables à mon avis… mais dont le caractère récurrent en « interpellait » (pour reprendre un mot à la mode) certains au sein de la chaîne. La télévision voit parfois les choses avec une mesquinerie (pour ne pas dire une bêtise) étonnante : au tennis aussi ce sont souvent les mêmes qui gagnent, et ce n’est pas pour autant qu’on interrompt les retransmissions des tournois !

On remit donc ça en 2001, parce qu’il le fallait bien, avec cette fois un final sur le site magnifique du château de Linchamps, dans les Ardennes. Une nouvelle fois, l’équipe d’Exocet triompha, ce qui enfonça le dernier clou dans le cercueil déjà scellé depuis l’année précédente de la Rose des Vents. L’émission La carte aux trésors, elle, allait continuer jusqu’en 2009, mais la chasse au trésor grand public qui lui avait été associée, et qui avait édifié un pan notable de l’histoire des chasses ludiques en France, ne survécut pas au désastre du Jas du Blanc.

Et pour finir, une pensée, comme chaque année, pour notre ami Max…

Image

Les oliviers des Baronnies, qui ont vu passer les chasseurs de trésor…

Cordialement,

Monglane

Vingt ans après

•24 avril 2013 • 15 commentaires

Nous éprouvons tous une tendance naturelle à nous rappeler les saisons passées plus belles qu’elles ne le furent. Notre jeunesse enfuie y est pour quelque chose. Le progrès technique a aboli les distances, au moins à l’échelle de la planète : jadis, quand on partait pour une destination lointaine, on n’était jamais vraiment sûr d’en revenir ; aujourd’hui, on sait qu’un coup d’aile nous ramènera chez nous en quelques heures. Voyager dans l’espace est devenu trivial, mais le voyage dans le temps, lui, demeure une grande porte close, probablement pour toujours.

Cette irréversibilité du temps qui s’écoule donne de la valeur aux choses comme aux souvenirs, que l’échéance des nombres ronds a tendance à convoquer plus souvent qu’à leur tour. C’est ainsi que nous célébrons aujourd’hui le vingtième anniversaire de la Chouette d’Or, anniversaire qu’il est commode de fixer, non pas à la date de sortie du livre, que personne ne connaît exactement et qui varia de toutes façons selon les régions et les libraires, mais à cette fameuse nuit où Max Valentin enterra la célèbre contremarque dans la cache souterraine dont personne (sauf lui-même, une fois) ne l’a plus fait sortir depuis.

Et bien entendu, cette même nuit que nous nous apprêtons à vivre, comment pourrions-nous oublier qu’elle fut également fatale à notre ami Max il y a maintenant quatre ans ?

Il y a 20 ans, le monde des grandes chasses au trésor n’existait pour ainsi dire pas, en tous cas en France. Il y a 10 ans, il était devenu florissant (largement grâce à la Chouette et aux autres créations de Max), mais aussi parcouru de divergences, de solides inimitiés, de jalousies à connotations commerciales, de rancœurs, de divisions, de querelles de clocher. Aujourd’hui, il n’existe de nouveau plus : hormis quelques initiatives de peu d’ampleur et de courte durée surgissant çà et là, les grandes chasses nationales et internationales sont mortes, faute de sponsors, éloignés par quelques épisodes peu savoureux et peu professionnels où s’illustrèrent le copinage et la tricherie.

Reste la Chouette, restent les chouetteurs. Sur elle aussi, on a tenté de faire planer certains soupçons, par envie, jalousie ou pure volonté de nuire, mais en définitive aucun de ces soupçons ne s’est jamais confirmé. Autant Max (paix à son âme !) s’était montré trop confiant envers certains dans la phase de gestion opérationnelle de son jeu, une fois celui-ci lancé, autant il s’était entouré de toutes les précautions nécessaires durant la phase de préparation, de telle sorte que rien n’a filtré, et que ce qui devait filtrer était conçu dès le départ pour être, en pratique, inutilisable pour quiconque essaierait de s’en servir pour localiser la contremarque par des moyens déloyaux, si jamais il devait y en avoir, ce qui, après tout, n’est pas avéré.

La Chouette, qui détient depuis déjà quelque temps le record de longévité pour une chasse au trésor ludique, reste donc seule, virgo intacta dans son écrin de glaise, traversant les décennies, à cheval sur deux siècles et deux millénaires. Plus le temps passe, plus elle prend des airs de Graal. Nombreux sont ceux qui la cherchaient à l’origine, et qui ont depuis abandonné ; il en reste quelques-uns. D’autres sont venus, des jeunes qui ne savaient pas encore lire quand le livre a été publié, et l’on attend en frémissant à la fois d’impatience et d’angoisse le moment où arrivera le premier chouetteur qui n’était pas né lorsqu’elle fut enterrée… Globalement, les effectifs ont très largement diminué, pour l’essentiel du fait de l’absence totale de communication autour du jeu, conséquence logique de l’absence de « meneur de jeu ». Néanmoins, les fidèles sont toujours là, parfois depuis la première heure, et la Chouette fait maintenant tellement partie de leur vie que l’on se demande parfois ce qu’ils redoutent le plus : de ne jamais la trouver, ou au contraire qu’elle soit trouvée, créant dans leur existence un « manque » qu’il faudra du temps pour combler ?

Au-delà de ces inquiétudes et de ces espoirs, nous devons surtout nous rappeler que ce jeu magnifique a donné à des dizaines de milliers de personnes le goût de la recherche, de la lecture, de la culture, la motivation nécessaire pour aborder des domaines historiques, géographiques, scientifiques qui les auraient définitivement rebutés en toute autre circonstance, et qu’ainsi la Chouette a constitué une extraordinaire « machine à apprendre », permettant de constater, chemin faisant, que se cultiver n’est pas forcément ennuyeux et pénible, mais qu’on peut au contraire y trouver du plaisir.

Dans ce merveilleux voyage culturel que la Chouette nous a permis d’entreprendre, infiniment nombreux sont ceux qui n’arriveront jamais à destination, puisqu’un seul, ou un petit groupe, découvrira un jour le trésor… si toutefois cela arrive. Mais tous devront se rappeler que, comme le disait, je crois, Steve Jobs, The journey is the reward : c’est le voyage en lui-même qui est notre récompense, pas le fait d’arriver au bout. Tel est le legs que Max nous fait, et celui-là, il appartient sans discrimination à tous les chouetteurs.

Légitime revendication (non mais, c’est vrai, et puis quoi, alors ?)

•14 décembre 2012 • 14 commentaires

J’ai déjà souvent écrit, sur ce blog et ailleurs, que j’étais honoré que tant de chercheurs de la Chouette me soumettent leurs hypothèses de solution ou me proposent de m’associer à leurs recherches —même si je décline toujours.

Parfois, en plus, l’occasion m’est donnée de m’amuser un peu, tout en me demandant comment diable peuvent bien fonctionner certains êtres humains, mes prochains sinon mes frères, tant leur manière d’être et de raisonner (si l’on peut dire) m’est étrangère.

C’est encore arrivé cette semaine. J’ai reçu un mail d’un chouetteur me déclarant « Il y a longtemps, plus d’un an, que j’ai la solution de la chasse. Cette solution est protégée par un dépôt à l’INPI. » Jusque-là, guère à redire, certains le font, même si nous savons en général à quoi nous en tenir sur le compte de ces (apparemment nombreux) « chercheurs » qui « ont la solution depuis longtemps », mais n’ont cependant pas la contremarque. Celui-là, cependant, allait plus loin.

En effet, après avoir mis en avant combien il avait été « patient jusqu’à ce jour » (quelle indulgence, en effet), il était « à la veille de publier sa solution dans la presse » (je vois déjà les journalistes se bousculer) et entendait à présent « faire valoir sa légitime revendication » (ah ? laquelle, au juste ?).

Hélas ! Il ne parvenait pas à joindre Michel Becker auquel il entendait bien « adresser une demande authentique » (on n’en doute pas), et venait me demander conseil.

Je l’ai remercié pour son message et lui ai fait remarquer que, ce jeu étant une chasse au trésor, il n’y avait point de « légitime revendication » sans production de la contremarque. J’ajoutai que je trouvais un peu étrange de se lancer dans une chasse au trésor avec pour seul objectif de coucher ses hypothèses sur le papier, puis de les enfermer dans une enveloppe elle-même enfermée à l’INPI, alors que le but normal du jeu est malgré tout d’aller quelque part dans la nature donner quelques coups de pelle…!

Eh bien, que croyez-vous qu’il advint ? Au lieu d’admettre que mon point de vue était, somme toute, assez raisonnable, mon correspondant (éphémère) m’a répliqué tout de go que ma réponse était ridicule (ah…) et qu’il la mettait illico au panier !

Je me demande vraiment sur quelle île déserte, voire sur quelle lointaine planète, vit quelqu’un comme ça ? Je ne peux m’empêcher d’avoir en pensant à lui un sourire à la fois incrédule et un peu attristé, car je ne doute pas, hélas ! que ce chercheur soit de bonne foi…

Retour sur la Rose des Vents 1998

•4 octobre 2012 • 10 commentaires

J’ai déjà fait, çà et là sur ce blog, quelques allusions à ce que fut la Rose des Vents de France 3, sans nul doute la chasse au trésor ludique la plus médiatisée de tous les temps en France, et malheureusement l’une de celles qui profita le moins bien de cet extraordinaire capital de popularité, du fait d’une déplorable politique de gestion des énigmes et des relations entre les participants et l’auteur, qui répondait au doux sobriquet de l’Homme en Noir —« HN » pour les intimes, ou dans la vraie vie Yves M.

Que penser en effet d’un organisateur de chasses confirmant ou infirmant sur Minitel les hypothèses des chercheurs ? À l’évidence, ce genre de pratique était appelé à générer un énorme trafic Minitel (de ce point de vue, les objectifs financiers étaient très largement atteints) qui allait promptement dépasser les capacités dudit organisateur à répondre, et par conséquent générer des frustrations considérables parmi les participants… Ce système, perçu comme une loterie, fut néanmoins reconduit année après année selon des modalités très similaires, HN étant même allé jusqu’à préciser plus tard que cette « politique de réponses en ligne » avait été guidée par des impératifs émanant de la chaîne elle-même.

Avec tout ce que l’on avait mis dans la corbeille de la mariée (adossement à une émission en direct programmée tout l’été en prime time, ballet de deux hélicoptères au-dessus des sites les plus pittoresques de France, « héritage spirituel » de l’un des programmes les plus aimés du public, La Chasse au trésor animée par Philippe de Dieuleveult, mise à profit de la période la plus favorable [les grandes vacances] pour attirer le public sur ce genre de divertissement), la Rose des Vents (ou, plus exactement, Le Trésor de France 3, selon son appellation officielle) avait tout pour devenir un énorme succès, à condition d’être intellectuellement bien gérée et intelligemment conçue. Avec un Max Valentin aux commandes, on tenait un succès international. Hélas ! j’ai pu constater en conseillant le jury en 2000 sur un cas difficile qui conduisit à une annulation du jeu cette année-là, qu’on était loin, en interne, du niveau de sophistication technique qu’il aurait fallu avoir sur une chasse ludique de cette ampleur.

Il n’en reste pas moins que les quelques éditions auxquelles j’ai participé (plus souvent de loin que de près, il est vrai) m’ont laissé des souvenirs sympathiques, à l’instar de cette édition de 1998, dont le final se déroulait au bord de la Creuse, dans la pittoresque région de Crozant et de Gargilesse. Si mon coéquipier de l’époque et moi avions été un peu plus à ce que nous faisions, nous aurions pu déterrer la contremarque dans l’après-midi, avant même la dernière émission, puisque nous avions localisé le dernier repère, à partir duquel il s’agissait de compter une certaine distance dans une certaine direction, pour parvenir à la cache. Nous avions plusieurs heures devant nous pour, non pas même arpenter un bout de terrain de quelques centaines de mètres carrés, mais seulement marcher en ligne droite vers le sud et vers le nord (l’ouest et l’est étaient impossibles vu la configuration des lieux) en nous arrêtant tous les mètres pour sonder… À cinq ou six mètres vers le sud, on trouvait la contremarque. Mais quand on a décidé d’être neuneu, rien n’y fait !

Bref, ces quelques regrets ayant été exprimés, c’est professant une nostalgie de bon aloi que, profitant d’un passage dans la région, je me rendis de nouveau sur les lieux, 14 ans plus tard, pour constater que pas grand-chose n’avait changé. Il en est souvent ainsi dans la campagne profonde : les choses bougent lentement.

L’Hôtel du Lac, où nous avions installé la base avancée, est toujours là. À en juger par les parties communes, très exactement conformes à mon souvenir, tout est resté dans son jus, si ce n’est que les propriétaires s’expriment maintenant avec un léger accent qui fleure bon le batave.

En suivant la route qui passe derrière l’hôtel et escalade la colline, on passe devant le parking qui existe toujours, avec son panneau « Forêt communale de Saint-Plantaire ». Lui aussi semble être resté tel quel, si ce n’est une sculpture moderne figurant ce qui peut ressembler à une rose, avec un cœur percé pouvant ressembler à un viseur… Je reste prudent, car avec les artistes, n’est-ce pas, on ne sait jamais. S’agit-il d’une commémoration directe ou indirecte de la phase finale de la grande chasse au trésor qui se déroula dans ces bois, ou bien cette œuvre est-elle sans le moindre rapport ? Je l’ignore, et n’ai rien trouvé pour conclure sur place dans un sens ou dans l’autre. Un coup de fil au maire de Saint-Jallet permettrait sans doute de tirer cela au clair.

Poursuivons notre route : nous voici bientôt sur la « grand-place » de Saint-Jallet, où la plupart des équipes s’étaient installées pour capter le réseau GSM (et même la télévision, pour les mieux équipés) le soir de la diffusion de la dernière émission… Disons-le, la qualité de la réception ne s’est pas franchement améliorée depuis 14 ans, ça ne passe toujours pas très bien en bas, au bord de la Creuse. Quant à cette « grand-place » elle-même, absolument rien n’a changé par rapport à ce qui existait à l’époque.

Retour sur notre parking. Deux chemins forestiers en partent, l’un plat, l’autre plus pentu. Paresseux de nature, on privilégie celui qui est plat, et on a raison.

Entrée du parking

Le chemin d’accès

Bientôt, on découvre une jolie vue sur la Creuse, qui coule paisiblement en contrebas :

… et au bout d’à peine dix minutes de marche (le chemin est même carrossable, j’ai vu des traces de pneus et entendu des quads, c’est dire), voici le fameux repère pérenne, cette sorte d’auge de pierre qui est le seul truc un peu remarquable qu’on trouve dans tout le bois :

Et voici ce que l’on voyait, depuis l’angle sud de l’auge (visible dans le coin de l’image) : tout droit, à 5 ou 6 mètres de distance, je ne sais plus, la Rose des Vents était enterrée sous une pierre et quelques centimètres d’humus… Un peu de concentration, de méthode et de persévérance, et l’équipe aurait ce jour-là empoché 100.000 francs.

Il reste de bons souvenirs, et puis, le soleil qui se couche sur les ruines de Crozant, c’est tout de même un joli spectacle…

P.S.: n’oubliez pas de cliquer sur les photos pour les voir, elles seront ainsi un peu moins nulles que la compression que propose WordPress par défaut!

La fibule de Preneste, épisode II

•31 août 2012 • 2 commentaires

Dans les années 90, à l’occasion d’un voyage d’affaires à Rome, je m’étais rendu à la villa Giulia afin de voir de mes yeux la fameuse fibule de Preneste. À l’époque, et sur la base notamment des travaux de Margherita Guarducci, elle était fortement suspectée d’être un faux réalisé à la fin du XIXe siècle par l’archéologue allemand qui l’avait fait connaître au monde. C’est pour cette raison que la fibule avait été éloignée du musée étrusque Luigi Pigorini et conservée à la villa Giulia, à bonne distance des collections dûment authentifiées. Bien plus, elle n’était même pas exposée mais conservée dans un tiroir, et je n’avais pu la voir (et même la toucher !) que parce que j’avais pris à l’avance les arrangements qu’il fallait avec la conservatrice Alessandra Antinori.

Foin de tout cela désormais : selon des résultats d’examens très poussés publiés en 2011, et rendus possibles par le progrès des techniques, et en particulier des nanotechnologies, il y a toutes les chances (restons quand même prudent) pour que la célèbre inscription « MANIOS MED FHE FHAKED NUMASIOI » soit contemporaine de la fabrication de la fibule elle-même, soit du VIIe siècle av. J.-C., et constitue bien ainsi la plus ancienne utilisation connue des caractères latins, au sens où Max l’entendait dans l’énigme 600.

Ainsi lavée de tout soupçon, la fibule de Preneste a réintégré le musée Pigorini. Quant à moi, étant de nouveau de passage à Rome pour une partie des vacances d’été, je n’ai bien sûr pas manque de lui rendre visite.

La fibule dispose maintenant de sa propre vitrine, certes indépendante des autres, mais logée cependant dans un coin de couloir où elle n’est pas magnifiquement mise en évidence : même en sachant ce que je cherchais, je suis passé devant sans la voir ! « Lavée de tout soupçon », certes, mais on ne fait clairement pas de pub pour elle, à telle enseigne que la charmante dame qui était de garde ce matin-là n’avait aucune idée de ce que pouvait bien être cette fameuse fibule ! Il faut dire qu’elle ne semblait pas totalement familière avec les collections du musée, où je n’ai pas vu un seul autre membre du personnel, ni d’ailleurs un seul autre visiteur… Ah ! comme on aimerait avoir le Louvre à soi dans les mêmes conditions !

 Vitrine de la fibule au musée PigoriniLa vitrine de la fibule de Preneste, au détour d’un couloir

La notice muséographique de la fibule

Quoi qu’il en soit, c’est toujours avec émotion que je contemple cette « partie émergée de la Chouette », cet objet tangible dont on sait que Max l’a utilisée, et qu’il a même peut-être contemplée comme je le fais à mon tour, en réfléchissant à la conception de cette énigme 600, dont je persiste à penser qu’elle est le premier verrou sérieux sur la route de la contremarque…

La fibule dans toute sa splendeur

(Comme d’habitude, cliquez sur les photos ou sur leur légende pour les visualiser en version non compressée par WordPress)